Nouveau record historique - La «prime de risque» gonfle le prix du brut

New York — Le prix du baril de pétrole de brut a terminé la séance d'hier en hausse de 30 ¢US, à 41,38 $US, à New York, nouveau record historique, en raison des craintes d'attentats contre des installations pétrolières au Moyen-Orient et d'un marché de l'essence très tendu.

Au cours de sa cinquième séance de hausse consécutive, le brut est monté jusqu'à 41,56 $US, son record absolu. Le dernier record en date en cours de séance avait été atteint le 10 octobre 1990, à 41,15 $US, peu avant le déclenchement de la guerre du Golfe. En clôture, le brut a pulvérisé hier les deux précédents records de jeudi (41,08 $US) et mercredi (40,77 $US).

«Une combinaison de facteurs a mené à cette flambée sans précédent: nous avons une forte demande soutenue par une forte croissance économique en Chine et aux États-Unis ainsi qu'un fort risque géopolitique au Nigeria et au Venezuela, où nous pourrions voir des perturbations de la production cet été», explique Jim Burkhard, analyste du Cambridge Energy Institute.

Mais «le principal changement depuis quelques semaines», explique-t-il, «c'est l'instabilité en Irak et en Arabie Saoudite» à la suite de deux attentats contre des installations pétrolières ces trois dernières semaines dans ces pays.

«Cela a affolé le marché, qui était déjà inquiet depuis quelque temps de la situation en Irak», a-t-il poursuivi. «Les investisseurs craignent que les terroristes aient décidé de s'en prendre à la production de pétrole en elle-même ce qui pourrait bouleverser la sécurité de l'approvisionnement» du marché mondial, poursuit Marshall Steeves, analyste de Refco. En trois semaines, la hausse du brut s'est accélérée: il a pris près de 6 $US.

L'essence a elle aussi continué sa flambée et a clôturé à 1,4101 $US, en hausse de 0,96 ¢US, un nouveau record.

Démesure

Marshall Steeves juge que le marché réagit démesurément et «ignore les fondamentaux». «Il se focalise sur la sécurité», estime-t-il. À l'inverse pour Jim Burkhard, analyste de Cambridge Energy Research, «les fondamentaux de l'offre et de la demande justifient des prix autour de 35 $US [le baril de brut]. La prime de risque géopolitique représente la différence», juge M. Burkhard.

Un avis partagé par Yasser Elguindi, analyste de Meddley Global Advisors, qui juge que le marché a raison de s'inquiéter. «Les prix reflètent la réalité», affirme-t-il.

Outre les tensions géopolitiques, le marché s'inquiète également de l'approvisionnement en essence, dont les prix volent aussi de record en record, alors que les stocks sont très faibles par rapport à leurs normales saisonnières et que la demande est anormalement forte aux États-Unis. Comme le souligne Steve Bellino, analyste de Fimat, «la capacité de raffinage n'est pas à la hauteur de la demande».