Mutisme chez Téo Taxi et chez ses actionnaires

En tout, 195 permis de taxi sont liés à Téo Taxi, selon le Bureau du taxi de Montréal.
Photo: Benoît Rochon / CC En tout, 195 permis de taxi sont liés à Téo Taxi, selon le Bureau du taxi de Montréal.

Alors que le ministre des Transports a dit être au courant jeudi des enjeux financiers entourant Téo Taxi, la société mère Taxelco a limité ses commentaires au strict minimum tout en essayant, à l’interne, de rassurer les chauffeurs.

Invitée à réagir à l’article de La Presse évoquant un éventuel recours aux tribunaux pour se protéger des créanciers, Taxelco, qui chapeaute aussi Taxi Diamond et Taxi Hochelaga, a dit qu’elle ne souhaite pas commenter les « rumeurs et les spéculations en cours ».

« Une annonce sera faite en temps opportun. D’ici là, nous ne ferons aucun autre commentaire », a indiqué dans une déclaration écrite la porte-parole de Taxelco, Jessica Théroux. La Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ, deux actionnaires de la compagnie, ont refusé de faire des commentaires.

Selon La Presse +, Taxelco, fondée par l’homme d’affaires Alexandre Taillefer il y a quelques années, se dirigerait vers une restructuration financière au moment où se poursuit la recherche d’un nouvel acteur pour renforcer les finances de l’entreprise.

Au registre des entreprises, l’actionnaire majoritaire de Taxelco est le fonds XPNDCroissance. La Caisse de dépôt y figure comme deuxième actionnaire, suivie du Fonds de solidarité FTQ. M. Taillefer n’est plus au conseil d’administration, indique le registre. Quand Le Devoir a envoyé cette semaine une demande d’information à Dominic Bécotte, associé chez XPND Capital et président du conseil de Taxelco, ce dernier a suggéré de contacter Mme Théroux.

En février 2018, au moment d’une nouvelle ronde de financement, divers investisseurs ont décidé d’injecter 17 millions dans Taxelco. Il était alors question de la Caisse, du Fonds FTQ, de Fondaction et du fonds XPND Capital. L’argent devait servir à acheter des véhicules et à embaucher davantage de personnel. Une nouvelle injection d’environ 7 millions aurait eu lieu il y a quelques mois.

Environ 400 employés de Téo Taxi sont syndiqués auprès des Teamsters depuis l’automne. Il serait difficile de faire des commentaires à ce stade-ci en raison du manque d’informations, a indiqué un porte-parole.

En tout, 195 permis de taxi sont liés à Téo Taxi, selon le Bureau du taxi de Montréal. Diamond et Hochelaga détiennent 1197 permis.

Rassurer à l’interne

Taxelco aurait fait parvenir un message aux chauffeurs jeudi pour les rassurer, selon un courriel dont Le Devoir a obtenu copie. « Nous tenons à ce que vous sachiez que nous travaillons toujours à faire de Téo un projet viable et pérenne », peut-on lire. « Merci infiniment pour votre compréhension et votre collaboration habituelle. »

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a affirmé jeudi qu’il a récemment discuté avec les dirigeants de l’entreprise, mais n’a pas précisé les raisons de la rencontre. « Quelle sera la suite des choses ? Je vais attendre de voir spécifiquement ce que les dirigeants vont annoncer dans les prochains jours ou les prochaines semaines », a dit le ministre, cité par La Presse canadienne. « C’est prématuré d’essayer de savoir quelle sera la suite. »

Quand les partenaires financiers de Taxelco ont bouclé les investissements de 17 millions en février 2018, l’objectif était de permettre à Téo Taxi de prendre de l’expansion : 200 nouvelles voitures, 600 nouveaux chauffeurs et « travailleurs de soutien », une vingtaine d’informaticiens, son installation « dans un centre d’opérations ultramoderne » et l’élargissement du réseau de bornes.

« Téo Taxi prévoit d’atteindre la rentabilité cette année », pouvait-on lire dans le communiqué de l’époque. « L’ensemble du développement technologique accompli chez Taxelco sera aussi à court terme déployé chez Taxi Diamond et Taxi Hochelaga […]. Taxelco entend devenir la référence de l’industrie en Amérique du Nord et vise l’exportation de son modèle à l’extérieur de Montréal dès 2019. »