Dette sous surveillance

Les Canadiens sont 46% à déclarer se retrouver à 200$ ou moins de l’insolvabilité chaque mois, après avoir payé leurs factures et leurs dettes mensuelles.
Photo: iStock Les Canadiens sont 46% à déclarer se retrouver à 200$ ou moins de l’insolvabilité chaque mois, après avoir payé leurs factures et leurs dettes mensuelles.

De sondage en sondage, ils sont toujours nombreux à se dire inquiets de leur dette. D’année en année, cette anxiété ne se matérialise toujours pas sous forme d’un dérapage des mauvaises créances et de l’insolvabilité.

Le spécialiste en insolvabilité MNP a publié lundi les résultats d’un sondage IPSOS portant sur le degré de confort des Canadiens face à leur endettement. Selon les grandes conclusions reprises d’un texte de La Presse canadienne :

Ils sont 46 % à déclarer se retrouver à 200 $ ou moins de l’insolvabilité chaque mois, après avoir payé leurs factures et leurs dettes mensuelles. Cette proportion vaut pour les Québécois. Plus de 30 % des répondants soulignent ne pas gagner suffisamment d’argent pour couvrir leurs factures et leurs dettes. Et 45 % pensent qu’ils devront s’endetter davantage pour payer leurs frais de subsistance et leurs dépenses familiales. Un autre sondage, réalisé pour la Banque CIBC, publié en décembre, faisait ressortir que 29 % des répondants déclaraient avoir contracté de nouvelles dettes au cours des douze derniers mois dans le but de couvrir les dépenses quotidiennes. Enfin, ils sont 51 % à déclarer ressentir les effets de la croissance des taux d’intérêt.

Ipsos a réalisé ce sondage auprès de 2154 Canadiens, en ligne. Il faut rappeler que les experts en méthodologie jugent qu’on ne peut attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste. En tenant compte de cette précision, un bref regard des analystes de la Banque Nationale nous ramène à la proportion de « 48 % au bord du gouffre » mesurée dans le sondage de l’an dernier, elle-même quasi identique à la conclusion de l’édition de 2016. Or l’an dernier, les ménages canadiens ont vu leurs obligations financières sous forme de remboursement, captal et intérêt, croître grosso modo de 70 $ par mois. Quant au ratio d’insolvabilité, il s’est à peine apprécié, pour se maintenir historiquement bas.

Croissance des revenus, vigueur du marché du travail et progression d’ensemble de la valorisation des éléments d’actif, malgré un repli des cours boursiers, se sont conjugués pour atténuer l’impact de la hausse du loyer de l’argent, amorcée en juillet 2017. Ainsi, selon les données de Statistique Canada publiées en décembre, le ratio du service de la dette (en proportion du revenu disponible) était de 14,5 % à la fin du troisième trimestre, contre 14,1 % un an plus tôt. L’augmentation a été observée tant pour la dette hypothécaire que non hypothécaire. En revanche, la dette en proportion de l’actif est tombée sous les 17 % au troisième trimestre de 2018, alors qu’elle était à plus de 19 % au début de la crise de 2008.

 
45 %
C’est la proportion des répondants au sondage Ipsos qui pensent qu’ils devront s’endetter davantage pour payer leurs frais de subsistance et leurs dépenses familiales.

Aussi, toujours selon Statistique Canada, même si l’endettement des ménages se maintenait à un sommet de 177,5 % du revenu disponible à la fin du troisième trimestre de 2018, le total de l’actif a progressé de 6 % sur un an, soit au même rythme que le passif, mais la valeur nette a progressé de 6,5 %.

Bref, dans l’ensemble, le patrimoine des ménages s’est amélioré, sous l’impulsion de la valorisation de l’actif. Ce qui ne les empêche pas de ressentir les effets d’un renchérissement du loyer de l’argent appelé à se poursuivre en 2019, à un rythme plus modéré. Les données du Bureau du surintendant des faillites indiquent qu’au cumul, après les dix premiers mois de 2018, le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs était en accélération en octobre, en hausse de 1,5 % sur un an. Toutefois, présence d’éléments d’actif aidant, si les faillites étaient en recul de 5,7 % dans l’intervalle, les propositions étaient en hausse de 8,1 %. Et l’Association canadienne de professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation de souligner, à larges traits, que les analyses démontrent un décalage de deux ans entre le début de la hausse des taux d’intérêt et celui de l’augmentation du nombre de dossiers d’insolvabilité chez les consommateurs.

Dans l’immobilier, les dossiers liés aux mauvaises créances hypothécaires ont atteint en 2018 un bas vieux de dix ans au Québec. Un résultat qu’il faut toutefois mettre dans la perspective d’une détérioration de l’accessibilité à la propriété, tombée à son pire niveau depuis 1990, taux d’intérêt et resserrement des règles hypothécaires obligent.