À Davos, l’élite se préoccupe du climat, mais vole en jet privé

Cette année, la programmation du Forum de Davos fait la part belle à l’environnement. Ici, le naturaliste David Attenborough échange avec le prince William lors d’un panel.
Photo: Markus Schreiber Associated Press Cette année, la programmation du Forum de Davos fait la part belle à l’environnement. Ici, le naturaliste David Attenborough échange avec le prince William lors d’un panel.

Où croiser à la fois de farouches défenseurs de l’environnement et des patrons d’entreprises polluantes ? À Davos, où les premiers tentent de convaincre les seconds, souvent venus en jets privés, de conjuguer bonnes affaires et respect de la planète.

Être ou ne pas être au Forum économique de Davos ? Telle est la question que Greenpeace se pose chaque année. Venir « n’est pas une évidence. Parce qu’il s’agit du rassemblement d’une élite qui est responsable de tous les maux que nous subissons à l’heure actuelle », confie à l’AFP Jennifer Morgan, directrice générale de l’organisation non gouvernementale britannique.

Comme un symbole, après Donald Trump l’an dernier, c’est un autre climatosceptique affiché, le président brésilien, Jair Bolsonaro, qui avait cette année l’honneur de la tribune, au grand dam des ONG, inquiètes de l’impact de ses projets économiques pour la forêt amazonienne et les tribus autochtones.

La directrice de Greenpeace a pourtant repris son bâton de pèlerin, aux côtés de grandes figures de l’écologie : la primatologue Jane Goodall, le naturaliste David Attenborough ou l’ex-vice-président américain Al Gore. Ils ont du grain à moudre : de l’industrie pétrolière au secteur de la chimie en passant par les transports ou l’agroalimentaire, les patrons à convertir aux énergies renouvelables ou aux solutions de remplacement au plastique ne manquent pas dans les couloirs feutrés du Centre des congrès de Davos.

En témoigne le nombre record de vols de jets privés attendus cette semaine dans les aéroports avoisinant la coquette station des Alpes suisses : 1500 contre 1300 un an plus tôt, selon la société d’affrètement Air Charter Service (ACS). Un paradoxe alors que le changement climatique a été placé au premier rang des risques pour l’économie mondiale par les participants au Forum, dans un sondage dévoilé la semaine dernière par les organisateurs.

Ces derniers font feu de tout bois pour « verdir » l’événement : des limousines électriques transportent une partie des personnalités officielles et la marche dans les rues enneigées, avec crampons, est « fortement recommandée » pour les autres. Les pailles en plastique sont bannies, les assiettes sont en carton recyclable et les bouteilles de soda, en verre. « Le Forum s’engage à réduire et compenser l’empreinte carbone de l’événement », clament des affiches sur fond de ciel azur. Les organisateurs assurent aussi compenser intégralement les émissions carbone générées par le transport aérien via des initiatives en faveur de l’environnement.

Le programme fait la part belle à ces thèmes avec de nombreux ateliers autour de la lutte contre les déchets en plastique ou la projection de Notre planète, un documentaire narré par David Attenborough. Après des années de lobbying, le message commence à passer, estime Marco Lambertini, le directeur général du Fonds mondial pour la nature (WWF). « Je pense que de nombreux dirigeants à Davos comprennent que la protection de l’environnement n’est plus seulement un truc sympa à faire, mais que c’est devenu essentiel à la pérennité de leurs affaires », dit-il. « Le changement climatique, les sécheresses, la surpêche, la déforestation, tout cela nuit à leur fonds de commerce : le business. »

De fait, les images exceptionnelles de Notre planète montrant un iceberg haut comme un gratte-ciel qui s’enfonce dans les flots avec un craquement sinistre ont semblé marquer une assemblée silencieuse. « Il faut vraiment que le monde des affaires commence à faire quelque chose », s’exclame à la sortie Ken Allen, le patron du transporteur DHL Express. « Rien ne peut changer sans législation, mais ça doit commencer par nous », affirme ce convaincu avant de se rendre à un rendez-vous avec un expert des solutions de rechange aux plastiques.