L’économie mondiale ralentit plus vite que prévu, dit le FMI

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, en conférence de presse lundi à Davos, en Suisse
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, en conférence de presse lundi à Davos, en Suisse

L’économie mondiale ralentit plus rapidement qu’on l’entrevoyait encore cet automne, met en garde le Fonds monétaire international (FMI), et tout cela cache des risques bien plus grands encore. Le temps est plus que jamais venu pour les gouvernements de mettre leur maison en ordre et de se remettre à travailler ensemble.

Le FMI a de nouveau révisé à la baisse ses perspectives de croissance pour l’économie mondiale lundi. « Bien que la croissance mondiale en 2018 soit restée proche des sommets atteints après la crise, l’expansion s’affaiblit, et à un rythme un peu plus rapide que prévu », a expliqué sa nouvelle économiste en chef, Gita Gopinath, au moment de dévoiler la mise à jour de prévisions qui remontaient au mois d’octobre.

« Ces révisions sont certes modestes », a-t-elle observé à Davos, dans les Alpes suisses, à la veille de la tenue du Forum économique mondial. « Cela ne signifie pas que nous soyons au bord d’une grande récession, mais il convient de dresser un état des liens des nombreux risques grandissants. »

De 3,7 % pour l’an dernier, les prévisions de croissance de l’économie mondiale du FMI s’élèvent désormais à 3,5 %, pour cette année, et à 3,6 % en 2020, soit 0,2 point de pourcentage (pp) de moins que dans les prévisions d’octobre pour cette année et 0,1 pp de moins pour l’année prochaine, et alors que des baisses de 0,2 pp avaient déjà été appliquées cet automne aux prévisions précédentes du mois de juillet, à la fois pour 2018 et 2019.

Légèrement révisées à la baisse en octobre, les prévisions pour les deux plus grandes économies de la planète, américaine et chinoise, sont restées inchangées cette fois-ci. Principal moteur économique pour les pays développés (où l’expansion moyenne attendue est de 2 % en 2019 et 1,7 % en 2020), les États-Unis devraient continuer de ralentir à mesure que s’atténue l’effet des baisses d’impôt et de l’augmentation des dépenses du gouvernement Trump, à raison d’un taux d’expansion de 2,9 % l’an dernier, de 2,5 % cette année et de 1,7 %, l’an prochain. Championne des pays en développement (4,5 % en 2019 et 4,9 % en 2020), l’économie chinoise sera, quant à elle, plombée par les tarifs douaniers américains et le resserrement de sa réglementation financière, et verra sa croissance poursuivre son ralentissement, cette fois de 6,6 %, l’an dernier, à 6,2 % en 2019 et 2020.

1,9%
C’est le taux de croissance auquel le Canada doit s’attendre en 2019 et en 2020, par rapport à 2,1% l’an dernier.

Confronté notamment à la chute des prix du pétrole, le Canada voit ses perspectives légèrement révisées à la baisse pour cette année (- 0,1 pp) et doit s’attendre désormais à voir sa croissance passer de 2,1 % l’an dernier, à 1,9 % en 2019 et en 2020. La Banque du Canada s’était montrée, il y a deux semaines, moins optimiste pour cette année (1,7 %), mais comptait sur un petit rebond l’année prochaine (2,1 %). Le Canada s’en tirerait mieux que les pays de la zone euro, où le FMI n’attend pas mieux qu’une croissance de 1,6 % cette année (- 0,3 pp) et de 1,7 % l’année prochaine, à cause notamment des difficultés de l’Allemagne (-0,6 pp à 1,3 % en 2019) et de l’Italie (-0,4 pp en 2019).

Zones d’ombre

Ce portrait de l’économie mondiale comporte de nombreuses et préoccupantes zones d’ombre, prévient le FMI, à commencer par les risques d’escalade des guerres commerciales déclenchées par les États-Unis, notamment contre la Chine, ainsi que le resserrement des conditions de crédit par les banques centrales.

Si Gita Gopinath dit avoir bon espoir que ces dernières sauront ajuster le rythme du relèvement de leurs taux d’intérêt afin de tenir compte du contexte économique, elle note qu’une « intensification de l’incertitude autour du commerce international briderait davantage l’investissement et perturberait les chaînes d’approvisionnement mondiales ».

Mais ce n’est pas tout. Deux semaines après le rejet par le Parlement britannique de l’entente conclue entre le Royaume-Uni et l’Union européenne au terme de deux ans de négociation, et à deux mois de la date prévue de leur divorce, le FMI continue de compter sur un Brexit négocié et n’ose pas imaginer les conséquences du contraire. « Il est impératif que les dirigeants politiques mettent rapidement un terme à cette incertitude », a dit Gita Gopinath. L’impasse entre le président américain et le Congrès qui a mené à la fermeture partielle du gouvernement fédéral (shutdown), tout comme la crise des « gilets jaunes », en France, auront aussi un impact.

Travailler de concert

Dans ce contexte périlleux, le monde a besoin que chaque pays s’assure d’avoir l’économie la plus juste et inclusive possible pour en tirer le maximum à long terme, a déclaré la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Il a aussi besoin que les gouvernements veillent à avoir les finances publiques les plus saines possible afin d’être mieux armés lorsque surviendra la prochaine récession.

Il a enfin besoin que les pays, au lieu de faire cavalier seul, coopèrent de manière « juste, flexible et efficace » pour s’attaquer à leurs « problèmes communs », comme l’amélioration du commerce mondial, l’évasion fiscale et les changements climatiques. « Nous avons besoin d’un nouveau multilatéralisme », a-t-elle conclu.

Les Nations unies ont dévoilé lundi, à New York, leurs propres prévisions économiques, dont les tendances rapportées et les conclusions ressemblent beaucoup à celles du FMI. Insistant particulièrement sur le besoin d’atténuer les tensions commerciales, de réduire l’endettement, de mieux partager la richesse et de lutter contre les changements climatiques, on y déplorait aussi : « Le multilatéralisme est menacé alors même que la coopération et la gouvernance internationales importent plus que jamais. »