Un mois après le début de la paralysie, la confiance dans l’économie américaine fléchit

Le bras de fer budgétaire contraint 800 000 Américains au chômage forcé ou au travail sans paie.
Photo: Mark Wilson / Getty Images / Agence France-Presse Le bras de fer budgétaire contraint 800 000 Américains au chômage forcé ou au travail sans paie.

La fermeture des services administratifs américains, qui dure depuis un mois, commence à ébranler l’économie américaine, notamment le moral des consommateurs, moteur traditionnel de la croissance.

Vendredi, la confiance des ménages est soudainement tombée au plus bas depuis l’élection de Donald Trump, selon le baromètre mensuel de l’Université du Michigan. L’optimisme des consommateurs a chuté de 7,6 points, du jamais vu depuis fin 2012, pour s’établir à 90,7 points, au plus bas depuis l’élection de novembre 2016.

Les Américains ont moins de certitudes sur la vigueur de l’activité économique en 2019 alors que 800 000 d’entre eux sont contraints au chômage forcé ou doivent travailler sans être payés à cause du bras de fer budgétaire entre les démocrates au Congrès et la Maison-Blanche sur le financement d’un mur anti-immigration à la frontière avec le Mexique.

La paralysie partielle des administrations fédérales (« shutdown »), qui a commencé le 22 décembre, touche directement 0,5 % des travailleurs américains mais elle commence à nuire indirectement au moral de plus de la moitié des consommateurs, a souligné l’enquête de l’Université du Michigan. Normalement, si l’impasse se résout, ces fonctionnaires devraient être rémunérés rétroactivement, mais ce n’est pas le cas de tous les services privatisés ou sous-traitants des établissements publics, qui eux devront faire une croix sur le manque à gagner.

À mesure que la paralysie se prolonge, les économistes relèvent presque chaque jour leurs prévisions d’impact sur la croissance. En début de semaine, le cercle des économistes de la Maison-Blanche a doublé son évaluation des conséquences du shutdown, estimant qu’après un mois la fermeture du gouvernement allait ôter un demi-point de pourcentage à la croissance du premier trimestre. Vendredi, c’est un haut responsable de la Banque centrale qui a alourdi les perspectives. John Williams, président de la Fed de New York, a estimé que l’expansion des trois premiers mois de l’année pourrait perdre un point entier de pourcentage si la paralysie se poursuit. « Cela va directement peser sur les dépenses de consommation et l’économie au premier trimestre, suffisamment pour réduire la croissance d’un demi-point de pourcentage, peut-être même d’un point si cela continue », a-t-il affirmé à l’issue d’un discours dans le New Jersey.

M. Williams a toutefois ajouté que généralement, quand une telle impasse budgétaire se termine, « les gens sont payés et on voit un rebond » de la croissance.

Faible croissance projetée

La querelle autour du mur frontalier s’ajoute à trois autres facteurs qui tour à tour ont obscurci un peu plus l’horizon d’une économie pourtant en bonne santé, comme l’a aussi montré le récent livre beige, dernière enquête de conjoncture de la Fed. Les tarifs douaniers qui perdurent entre Washington et Pékin, l’hypervolatilité des marchés financiers qui a fait perdre presque 10 % à la Bourse depuis octobre et le manque de clarté de la communication de la Fed sur sa politique monétaire ont aussi douché l’optimisme des acteurs financiers.

À cause du ralentissement de l’économie mondiale notamment et des incertitudes liées au commerce, la Fed a pour l’instant projeté une croissance de 2,3 % pour l’ensemble de 2019, ce qui représente un net affaiblissement par rapport aux 3 % prévus pour l’ensemble de 2018. Il est trop tôt pour avoir des projections précises sur l’expansion du premier trimestre.

Les fondamentaux économiques restent bons, soulignent néanmoins de nombreux experts, même si on manque d’informations officielles. De nombreux indicateurs, notamment sur l’état du marché immobilier, les ventes au détail ou la balance commerciale, n’ont pas pu paraître à cause de la paralysie administrative. « Certains diront sans doute que cette enquête [sur la confiance des consommateurs] signale une récession imminente », a commenté vendredi Gregory Daco, d’Oxford Economics. Mais il note que si « la croissance des dépenses va ralentir en 2019, la vigueur du marché du travail, la progression des salaires et la baisse des prix de l’essence à la pompe […] continuent de soutenir la dynamique ».

« L’économie est solide, les perspectives sont saines et ma priorité numéro un est d’user de la politique monétaire pour que cela le reste », a rassuré pour sa part le patron de la Fed de New York.

FMI

Le Fonds monétaire international (FMI), qui doit publier lundi ses nouvelles prévisions de croissance mondiale, a estimé jeudi qu’il était encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact économique de la paralysie budgétaire aux États-Unis et celui du mouvement des gilets jaunes en France. « Plus il dure, plus l’effet sera important », a néanmoins reconnu Gerry Rice, porte-parole de l’institution, au sujet de la fermeture partielle des administrations américaines qui dure depuis près d’un mois, déjà un record dans l’histoire des États-Unis. S’agissant du mouvement de contestation sociale en France, qui dure depuis deux mois, M. Rice a dressé un parallèle avec la situation aux États-Unis : « D’une certaine manière, c’est comme pour le shutdown, il est encore très tôt pour faire une estimation de l’impact économique. »

Dans les deux cas, le porte-parole a néanmoins souligné que le Fonds avait pris en compte ces risques politiques, de même que les difficultés pour trouver un consensus sur le Brexit, dans ses dernières prévisions de croissance économique qui seront publiées lundi. Gerry Rice a ainsi rappelé que le FMI estimait que « sortir [de l’Union européenne] sans un accord et un cadre des futures relations avec l’UE représentait le plus grand risque à court terme de l’économie britannique ».

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, et la nouvelle chef économiste du Fonds, Gita Gopinath, commenteront lundi ces nouvelles estimations actualisées au cours d’une conférence de presse à Davos, à l’occasion du forum économique mondial. En octobre, le FMI avait abaissé ses prévisions de croissance mondiale à 3,7 % pour 2018 et 2019, contre 3,9 % précédemment. Depuis, elle a laissé entendre qu’elle les abaisserait de nouveau face à l’accumulation des risques.

Avec Le Devoir