Forum de Davos: un monde en mal de solutions collectives

Les événements climatiques extrêmes (inondations, tempêtes...) et les catastrophes naturelles majeures (temblements de terre, tsunamis...) font partie des principaux risques mondiaux.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse Les événements climatiques extrêmes (inondations, tempêtes...) et les catastrophes naturelles majeures (temblements de terre, tsunamis...) font partie des principaux risques mondiaux.

Le ralentissement économique qui se dessine n’aidera pas à réduire les tensions et les divisions internationales qui plombent la lutte contre les principaux dangers qui planent sur le monde, déplore un rapport du Forum de Davos.

« Le monde avance en somnambule vers la catastrophe », a constaté mercredi Alison Martin, directrice des risques à la compagnie d’assurance Zurich Insurance Group, lors du dévoilement de la 14e édition du rapport annuel du Forum économique mondial (FEM) de Davos sur les risques mondiaux.

Loin de diminuer, les principaux dangers qui menacent la planète — tels que les changements climatiques, les cyberattaques et la pénurie d’eau — s’intensifient alors que la volonté de s’y attaquer collectivement semble absente, déplore le rapport. Engagés, au contraire, dans un mouvement de recentrement sur nous-mêmes porté par la volonté de « reprendre le contrôle », aussi bien à des opposants politiques intérieurs qu’à l’ordre multilatéral international, « nous nous enfonçons plus profondément encore dans des problèmes mondiaux dont nous aurons bien du mal à nous extraire ». Nourrie, entre autres, par le fossé grandissant entre riches et pauvres, la polarisation du débat politique, l’impact des transformations économiques et technologiques et un mal-être croissant, cette tendance au repli sur soi, aux guerres commerciales et au rejet des règles internationales risque même de s’aggraver avec le ralentissement économique qui se dessine dans le monde.

L’environnement en tête

Depuis quelques années déjà, les enjeux liés à l’environnement arrivent en tête du classement des principaux risques mondiaux établi à la fois en fonction de leur probabilité de se produire et de leur impact potentiel. Cette année, les événements climatiques extrêmes (inondation, tempête…), l’échec de la lutte contre les changements climatiques, les catastrophes naturelles majeures (tremblements de terre, tsunamis…) et la crise de l’eau se retrouvent encore une fois parmi les cinq principaux risques, cédant seulement la place aux armes de destruction massive en matière d’impact potentiel, et voyant les risques de vol de données numériques et de cyberattaques fermer la marche en matière de probabilité.

Le monde avance en somnambule vers la catastrophe

« 2018 a malheureusement été une année historique en matière de feux de forêt, d’inondations et d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Il n’est pas surprenant qu’en 2019 les risques environnementaux dominent de nouveau la liste des principales préoccupations », a relevé Alison Martin. Ces phénomènes menacent également d’aggraver d’autres problèmes de plus en plus préoccupants, tels que l’état des infrastructures critiques, l’impact de l’élévation du niveau de la mer sur l’avenir de plusieurs grandes villes, la migration forcée de populations entières de réfugiés climatiques et la multiplication des épidémies.

Attention aux interactions

Le rapport du Forum de Davos est dévoilé à la veille de la fameuse réunion qui se tiendra dans la station de ski des Alpes suisses la semaine prochaine. Il se base sur l’opinion d’environ un millier d’experts et de décideurs d’un peu tous les domaines et de tous les pays, mais majoritairement issus des pays développés et provenant pour un tiers des milieux d’affaires.

Cette année, le rapport se penche aussi sur « le déclin du bien-être psychologique et émotionnel » qui se voit aux 700 millions de personnes frappées de désordres mentaux, à l’explosion du nombre de gens souffrant de solitude dans les villes, au stress causé par l’évolution effrénée des technologies au travail et à cette frustration grandissante à l’endroit des gouvernements, des autres, de la vie, qui en ont amené certains à dire que nous étions entrés dans un « âge de la colère ». Les coûts économiques directs et indirects de ce mal-être en frais de santé et en perte de productivité s’élèveraient à 2500 milliards. Mais l’impact politique et social peut aussi être considérable dans un monde déjà aux prises avec une polarisation de la société, un rejet des institutions et une perte du sentiment de contrôle sur sa réalité.

Le rapport effectue aussi un rapide survol d’une série de nouveaux phénomènes susceptibles « de perturber rapidement et radicalement le monde ». On y parle entre autres des futurs ordinateurs quantiques, d’éventuelles manipulations climatiques, de la guerre qu’on pourrait se faire dans l’espace et de la défense des droits de la personne depuis le retour à un monde qui compte plusieurs puissances qui ne partagent pas toutes les mêmes valeurs fondamentales.

Nous vivons dans un monde où un problème peut rapidement en entraîner un autre de façon imprévisible et incontrôlable, préviennent les auteurs du rapport. « La complexité et l’interconnexion croissantes des systèmes mondiaux peuvent entraîner des boucles de rétroaction, des effets de seuil et des perturbations en cascade. »