Changements climatiques: plaidoyer pour plus de transparence financière

Avec 436 milliards de capitalisation boursière, les compagnies canadiennes du secteur pétrolier et gazier sont les plus importantes des marchés boursiers du pays derrière les institutions financières.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Avec 436 milliards de capitalisation boursière, les compagnies canadiennes du secteur pétrolier et gazier sont les plus importantes des marchés boursiers du pays derrière les institutions financières.

Le secteur financier aura besoin d’informations et de signaux économiques beaucoup plus clairs au Canada pour ne pas perdre gros avec les changements climatiques et, idéalement, aider le pays à effectuer la transition nécessaire.

Dans la guerre qu’ils disent vouloir mener contre les changements climatiques, les gouvernements canadiens peuvent se contenter d’interdire certains produits polluants et de financer des projets environnementaux, mais ce sera loin d’être suffisant, prévient l’experte française Céline Bak dans la présentation d’un rapport qu’elle a réalisé pour le compte de l’Institut international du développement durable (IISD) et qui doit être dévoilé mercredi. Ils seront mieux servis s’ils ajoutent à cela « l’écologisation de l’écosystème financier [qui] récompensera les efforts au centuple ».

En matière strictement économique, on peut présenter la question des changements climatiques à la fois comme une terrible menace qui pend au bout du nez du Canada et comme une occasion à ne pas rater d’effectuer une inévitable transition, observe l’IISD, un groupe de réflexion spécialisé dans le domaine et actif au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie.

En ce qui a trait à la menace de pertes économiques et financières, le Canada se révèle particulièrement exposé, rappelle le rapport. Avec, par exemple, 436 milliards de capitalisation boursière, ses compagnies du secteur pétrolier et gazier sont les plus importantes de ses marchés boursiers derrière les institutions financières (778 milliards) étroitement liées, elles aussi, aux secteurs des ressources naturelles. Selon le degré d’atteinte de ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, le Canada devra renoncer à exploiter une part de ses réserves d’énergie fossile d’une valeur estimée entre 120 et 270 milliards.

Profiter des forces de l’argent

Les forces de l’argent peuvent toutefois être aussi des alliés dans la transition si on sait les canaliser, note-t-on. Selon une estimation, le seul marché mondial des énergies renouvelables frôle les 300 milliards et pourrait accueillir 6000 milliards en nouveaux investissements d’ici 2040. Selon une autre estimation, un solide coup de volant dans la bonne direction sur le chemin vers la réduction des GES permettrait, sur la planète, de réaliser un gain économique net de 26 000 milliards d’ici 2030.

Mais pour ce faire, les acteurs financiers et économiques doivent recevoir les bons signaux et incitatifs, martèle le rapport. On pense évidemment à la tarification du carbone durement remis en cause par plusieurs gouvernements provinciaux, mais pas seulement. Au Canada, cela nécessiterait aussi qu’Ottawa modifie sa loi sur les sociétés par actions afin qu’elles rapportent systématiquement et clairement les risques financiers qu’elles posent relativement aux enjeux climatiques, dit l’IISD. Il faudrait aussi que les ministères fassent preuve de la même transparence, que la Banque du Canada tienne compte des questions climatiques dans sa revue annuelle du système financier, que les grands régimes de pensions fassent l’objet du même examen et que les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) de compétence provinciale imposent, elles aussi, une meilleure reddition de comptes climatique aux entreprises inscrites en Bourse.

Pas les seuls

Le Canada n’est pas le seul aux prises avec un tel défi et ne doit pas se gêner pour prendre exemple sur d’autres pays qui semblent bien faire, observe le rapport, qui propose une feuille de route étalée sur trois ans et mettant à contribution aussi bien les gouvernements que les acteurs privés et des initiatives internationales. Céline Bak l’encourage notamment à profiter de la récente entrée en vigueur d’un nouvel Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne pour s’inspirer du nouveau plan d’action dont viennent de se doter les Européens en matière de financement d’une croissance durable.

Sur la scène internationale, le Conseil de stabilité financière (CSF) mène depuis 2015 son propre travail en vue d’une « divulgation accrue de renseignements sur les risques financiers liés au climat ». Au Canada, le rapport de l’IISD arrive alors qu’un « groupe d’experts sur la finance durable » doit présenter son rapport final au printemps au terme d’un an d’examen et de consultations. Créé par les ministères fédéraux des Finances et de l’Environnement, le groupe de quatre experts présidé par l’ancien premier sous-gouverneur de la Banque du Canada Tiff Macklem a déjà dévoilé une version préliminaire de son rapport cet automne, dans laquelle il en appelait à une action plus rapide et décisive. Les ACVM mènent aussi leur propre exercice de réflexion de leur côté qui a mené au dévoilement, en avril l’an dernier, d’un premier rapport sur le projet de nouvelles normes, dans les places boursières canadiennes, « concernant l’information fournie sur le changement climatique ».