Le manque de main-d’oeuvre freine l’investissement des entreprises, selon une étude

Les entreprises les plus volontaires se trouvent dans les secteurs du commerce de gros, des technologies et des services aux entreprises, ainsi que celles tournées vers l’exportation.
Photo: Getty Images Les entreprises les plus volontaires se trouvent dans les secteurs du commerce de gros, des technologies et des services aux entreprises, ainsi que celles tournées vers l’exportation.

L’investissement par les entreprises dans de nouvelles technologies permettant des gains de productivité apparaît comme une solution à la rareté de main-d’oeuvre au Canada. Or une proportion grandissante de PME se disent limitées dans leurs investissements en raison de la rareté de main-d’oeuvre, constate une étude.

Plus de la moitié (53 %) des propriétaires de PME au Canada affirment qu’ils limiteront leurs investissements en 2019 en raison de la « pénurie d’employés qualifiés », rapporte une enquête réalisée auprès de plus de 4000 d’entre eux, pour le compte de la Banque de développement du Canada (BDC), et qui doit être dévoilée mardi.

Loin de se réduire à mesure que le manque de main-d’oeuvre se fait de plus en plus aigu, notamment au Québec, cette contrainte est de plus en plus souvent évoquée, au point d’être devenue, depuis deux ans, le plus important frein à l’investissement cité, devant le manque de liquidités (48 %) et le manque de confiance dans l’économie canadienne (43 %).

Cette situation peut paraître paradoxale, a admis en entretien téléphonique au Devoir l’économiste en chef de la BDC, Pierre Cléroux, dont l’institution recommandait aux PME, pas plus tard que cet automne dans une autre étude, un plus grand recours aux technologies et à l’automatisation comme moyen de réduire leurs besoins de main-d’oeuvre.

« Mais ce n’est pas nécessairement contradictoire, dit-il. Les entreprises ne peuvent pas toujours remplacer des travailleurs par de la technologie. » Et comme le fait d’investir vient normalement du désir d’un entrepreneur de faire grandir sa compagnie, « on peut comprendre [l’entrepreneur] d’hésiter à prendre de l’expansion s’il a déjà du mal à trouver la main-d’oeuvre nécessaire ».

Ce phénomène n’est pas le seul paradoxe dans la façon que les PME ont de faire face à la rareté de main-d’oeuvre. Dans son étude de cet automne, la BDC rapportait notamment que plus de la moitié (57 %) des chefs d’entreprise ne voyaient pas pourquoi cela devrait les amener à embaucher plus d’immigrants, alors qu’ils n’étaient qu’environ 35 % à ne pas voir pourquoi ils devraient faire un effort supplémentaire du côté des travailleurs moins qualifiés ou plus jeunes.

« Les chefs d’entreprise se montrent de plus en plus ouverts aux travailleurs immigrants », assure toutefois Pierre Cléroux, en voulant pour preuve la réduction de l’écart entre le taux de chômage des immigrants et celui des autres travailleurs.

Investissements incorporels

Les PME canadiennes restent, malgré tout, généralement disposées à investir autant que par les années précédentes, observe la BDC, à raison d’un peu moins du tiers qui disent vouloir augmenter leurs efforts cette année, un tiers qui comptent les réduire, 20 % qui les maintiendront au même niveau et 10 % qui n’ont pas d’investissements prévus. Les entreprises les plus volontaires se retrouvent dans les secteurs du commerce de gros, des technologies et des services aux entreprises, ainsi que chez celles, plus généralement, qui sont tournées vers l’exportation. Un peu moins de la moitié (43 %) des propriétaires d’entreprise consacreront une partie, voire la totalité de leurs investissements à de nouvelles technologies.

Celles-ci seront moins de nature matérielle, comme des ordinateurs ou des robots, que de nature incorporelle, comme des logiciels, la recherche et développement, la propriété intellectuelle et la formation des employés.

Cet investissement dans les technologies se révèle encore plus présent dans les sociétés étrangères (63 %), les entreprises en démarrage (69 %) ou encore les compagnies technologiques (73 %).

Pendant ce temps au Québec

Les tendances au Québec sont assez proches de la moyenne canadienne, a pu constater Le Devoir à partir de données de l’enquête téléphonique de la BDC, réalisée par la firme de sondage SOM du 1er août au 12 octobre, auprès de 4024 propriétaires d’entreprise comptant de 2 à 499 employés et dont la marge d’erreur est de 2 % 19 fois sur 20. La proportion d’entreprises qui disent avoir investi dans les technologies y apparaît un peu plus faible (33 % contre 43 %), et la pénurie d’employés qualifiés y ressort comme un bien plus grand frein à l’investissement (55 %) que le manque de liquidités (32 %) ou le peu de confiance dans l’économie canadienne (22 %).

Mais, encore là, on note des différences au Québec, met en garde Pierre Cléroux, entre les secteurs d’activité, mais aussi entre les villes et les régions, qui ne bénéficient pas du même pouvoir d’attraction auprès des travailleurs. « Le secteur des services et les entreprises à l’extérieur de Montréal sont particulièrement touchés par la pénurie de main-d’oeuvre, dit l’étude de la BDC, et n’ont tout simplement pas la capacité de mettre leurs plans d’investissement à exécution. »