Les postes vacants se généralisent au pays

Au mois de décembre, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante évoquait l’atteinte d’un nouveau sommet au chapitre de la rareté de main-d’oeuvre. 
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Au mois de décembre, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante évoquait l’atteinte d’un nouveau sommet au chapitre de la rareté de main-d’oeuvre. 

Le nombre de postes vacants explose au Canada, davantage au Québec. Le dernier bilan donne l’image d’une problématique à ce point généralisée à l’ensemble des régions et des champs d’expertise qu’une réponse empruntée au seul thème de l’immigration se voudrait trop simpliste.

L’Institut de la statistique du Québec chiffrait en novembre que le Québec comptait, en moyenne, 116 440 postes à pourvoir au deuxième trimestre de 2018, en hausse de près de 40 % par rapport à la même période de 2017. C’était la première fois que le nombre de postes vacants dépassait la barre des 100 000, en moyenne, au cours d’un trimestre.

Le mois suivant, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante évoquait l’atteinte d’un nouveau sommet au chapitre de la rareté de main-d’oeuvre mettant aux prises les PME québécoises avec 118 000 postes vacants au troisième trimestre, représentant 4,1 % de tous les emplois dans ces entreprises.

Les données viennent, cette fois, de Statistique Canada et portent sur l’ensemble canadien. Dans son étude publiée mercredi, l’agence fédérale chiffre à 551 000 le nombre de postes vacants au Canada au troisième trimestre, en hausse de 17,8 % comparativement au trimestre correspondant de 2017. « Il s’agit du huitième trimestre [d’affilée] au cours duquel le nombre et le taux de postes vacants ont augmenté d’une année à l’autre. »

L’augmentation touche l’ensemble des provinces, « une première depuis le début de la série en 2015 », dit Statistique Canada. La progression la plus prononcée se mesure toutefois au Québec, avec un gain de 35,5 % à 118 520 postes vacants. Pour sa part, le taux de postes vacants, qui se mesure sur la somme de tous les postes occupés et vacants, a bondi de 0,7 point à 3,2 % d’une année à l’autre pour afficher l’une des plus fortes progressions au Canada. Une réalité qui s’étend à l’ensemble des champs d’expertise, mais qui se veut concentrée dans les secteurs des soins de santé et de l’assistance sociale, des services d’hébergement et de restauration et de la fabrication.

Autre élément se démarquant de l’étude, le niveau minimal de scolarité recherché pour 63,3 % des postes vacants était un diplôme d’études secondaires ou moins. Quelque 12 % exigeaient un baccalauréat ou plus.

À cette réalité se colle donc une problématique s’appuyant sur une dynamique complexe qui va au-delà d’une réponse empruntée au thème de l’immigration. D’autant que les postes à pourvoir ou à remplacer au Québec au cours de la prochaine décennie devraient toucher la barre du 1,5 million. Le Conseil du patronat du Québec a été le premier à le reconnaître, les immigrants pourraient ne répondre qu’à 20 % de ces besoins.

D’autant, aussi, que l’immigration comporte ses propres enjeux spécifiques liés notamment à la langue, à l’intégration ou encore, pour le marché du travail, à la reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles, et à une surqualification traduisant une inadéquation aux besoins exprimés.

Avec, pour trame, un choc démographique et un solde migratoire défavorable particulièrement ressentis au Québec, le défi à relever se veut multidimensionnel. Il s’étend d’abord à la formation, une variable d’autant plus sensible qu’aux prises avec un problème criant d’analphabétisation, le Québec fait face à un déficit de littératie qui génère un enjeu d’employabilité. L’effet de ce déficit s’en trouve exacerbé dans un secteur manufacturier fragile aux contrecoups de la délocalisation, de l’automatisation et de l’intelligence artificielle.

S’ajoute une carence quasi chronique en gains de productivité dans l’économie québécoise. En y répondant par l’automatisation, robotisation et intelligence artificielle provoqueront leur lot de chômeurs technologiques et exacerberont le problème criant d’employabilité, a déjà conclu une étude de l’Institut du Québec. Reste la relève entrepreneuriale, dont l’avenir se veut également plutôt sombre dans un contexte de baisse du taux entrepreneurial depuis vingt ans et d’une montée en puissance de l’entrepreneuriat à temps partiel ou hybride. L’on attribue généralement aux PME plus de 85 % des emplois créés dans le secteur privé.

Du boulot en perspective !