La Banque du Canada se met sur la touche

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, mercredi, en conférence de presse
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, mercredi, en conférence de presse

La Banque du Canada attendra d’y voir plus clair dans l’actuel passage à vide de l’économie canadienne avant de reprendre la hausse de ses taux d’intérêt.

La banque centrale n’a étonné personne, mercredi, en laissant son taux directeur inchangé à 1,75 %. Prenant acte de l’impact beaucoup plus important que prévu des conflits commerciaux, de la chute des prix du pétrole et du ralentissement du marché immobilier au Canada, elle en a profité pour réviser à la baisse ses dernières projections économiques à l’automne. Elle a assuré qu’elle avait toujours l’intention de poursuivre le relèvement du loyer de l’argent au pays, avant d’ajouter qu’elle entendait auparavant s’accorder du temps pour étudier l’évolution de tous ces facteurs.

 
1,75 %
C’est le taux directeur demeuré inchangé de la Banque du Canada.

« Il ne fait pas de doute, selon nous, que l’économie repose sur des bases solides, a déclaré en conférence de presse le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz. À mesure que la neige fondera, nous serons plus à même de voir si l’économie a retrouvé son allant. »

La Banque du Canada a relevé trois fois son taux directeur de 0,25 point de pourcentage l’an dernier. Mercredi, elle a indiqué son intention d’augmenter « avec le temps » ses taux d’intérêt jusqu’à un niveau neutre, c’est-à-dire qui ne stimule ni ne freine la croissance et qu’elle situe quelque part entre 2,5 % et 3,5 %. « “Avec le temps”, c’est assez vague, a admis Stephen Poloz. Et c’est assez vague pour une raison. Cela veut dire que le rythme de cette augmentation n’est pas prédéterminé, qu’il dépendra des données. Aussi, je ne peux pas vous dire combien de temps cela va prendre. »

L’économie depuis cet automne

Il faut dire que depuis son dernier portrait d’ensemble de la situation au mois d’octobre, « bien des choses se sont passées », a-t-il noté. La guerre commerciale menée par les États-Unis, notamment contre la Chine, a commencé à se faire sentir concrètement, forçant la Banque du Canada à réduire légèrement ses prévisions de croissance de l’économie mondiale pour 2018 de 3,8 % à 3,7 %, et la confortant dans sa prédiction de 3,4 % en 2019 et en 2020.

En plus de semer la commotion dans les marchés financiers de la planète, le ralentissement de la croissance mondiale a plombé la demande et donc le prix des ressources, dont celui du pétrole. Au Canada, cela n’a contribué qu’à aggraver les problèmes des provinces pétrolières déjà obligées de vendre moins cher leur or noir, faute de moyens suffisants pour l’expédier vers les marchés étrangers, ainsi que de réduire leur production. Cette situation devrait provoquer cette année un recul des investissements dans le secteur pétrolier et gazier non pas de 1,5 %, comme la Banque du Canada le prévoyait cet automne, mais de 12 %, et retrancher environ 0,5 % au produit intérieur brut (PIB) canadien d’ici la fin de 2020.

Force est également d’admettre que « la croissance des salaires demeure médiocre » en dépit d’un taux de chômage à un plancher record et que, dans le marché immobilier, on « met plus de temps que prévu » à se faire non seulement au relèvement des taux d’intérêt, mais aussi aux resserrements des règles hypothécaires et aux mesures prises par les gouvernements pour freiner la spéculation à Vancouver et à Toronto.

Un mauvais moment à passer

Conséquemment, la Banque du Canada s’attend désormais à ce que la croissance économique, qui était encore de 3 % en 2017, se soit tassée à 2 % en 2018 (contre une prévision de 2,1 % en octobre) et ne soit plus que de 1,7 % cette année, soit 0,4 point de pourcentage de moins qu’elle ne le pensait cet automne.

Ce recul devrait essentiellement être le fait du dernier trimestre de 2018 et du premier de cette année, où l’on prévoit des taux de croissance annualisés de seulement 1,3 % et 0,8 %. Après, on prévoit un rebond à 2,1 % en 2020, plutôt que le 1,9 % annoncé en octobre, à la faveur notamment d’une hausse des exportations et des investissements hors énergie stimulés par la demande étrangère, la conclusion cet automne du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), la faiblesse du dollar canadien et les dernières mesures fiscales fédérales sur l’investissement. À moins, évidemment, que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine continue de se dégrader.

Dans ce contexte, il ne faut probablement pas attendre la prochaine hausse des taux d’intérêt de la Banque du Canada avant le mois de juillet, pense l’économiste du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher. Son confrère de la Banque TD, Brian DePratto, continue, de son côté, de penser qu’elle pourrait venir ce printemps. « À condition, évidemment, que l’économie évolue comme prévu. »