Les perspectives de croissance globale s’assombrissent

À l’instar des économies dites avancées, les États-Unis vont écoper des tensions commerciales et du resserrement des conditions de crédit avec un rythme de croissance appelé à passer de 2,9% en 2018 à 2,5% cette année, puis à 1,7% en 2020 et 1,6% l’année suivante.
Photo: Spencer Platt / Getty Images / Agence France-Presse À l’instar des économies dites avancées, les États-Unis vont écoper des tensions commerciales et du resserrement des conditions de crédit avec un rythme de croissance appelé à passer de 2,9% en 2018 à 2,5% cette année, puis à 1,7% en 2020 et 1,6% l’année suivante.

Les tensions commerciales et le resserrement des conditions de crédit font leur oeuvre. La croissance mondiale va tomber sous les 3 %, plombée par un tassement ressenti dans les économies dites avancées.

Dans son rapport semestriel publié mardi, la Banque Mondiale abaisse de 0,1 point de pourcentage et ramène à 2,9 % sa prévision de croissance globale cette année, contre une poussée estimée de 3 % en 2018 et 3,1 % en 2017. En fait, selon les projections de l’institution, cette progression va s’installer durablement sous les 3 %, et ce, au moins pour l’horizon prévisionnel de trois ans.

« Le commerce mondial et les investissements décélèrent, les tensions commerciales restent élevées et les conditions financières se durcissent […] Les risques négatifs sont devenus plus aigus, et les pressions sur les marchés financiers ainsi que les tensions commerciales pourraient s’intensifier, freinant l’activité globale », résume la Banque mondiale.

Par grande catégorie, ce sont les économies dites avancées qui vont afficher la plus forte décélération, la croissance estimée de 2,2 % en 2018 devant passer à 2 % en 2019, puis à 1,6 et à 1,5 % en 2020 et 2021. Les États-Unis vont écoper avec un rythme de croissance appelé à passer de 2,9 % en 2018 à 2,5 % cette année, puis à 1,7 % en 2020 et 1,6 % l’année suivante.

Le commerce mondial et les investissements décélèrent, les tensions commerciales restent élevées et les conditions financières se durcissent

 

Pour leur part, les marchés émergents et les économies en développement vont croître de 4,2 % cette année, de 4,5 % l’an prochain et de 4,6 % en 2021, contre une estimation de 4,2 % en 2018. La Banque mondiale retient cependant que la croissance dans cette dernière catégorie s’est essoufflée pour stagner en 2019, « reflétant une reprise plus faible que prévu dans les pays exportateurs de produits de base, et une décélération des pays importateurs de ce type de marchandises ». L’institution d’ajouter que « pour toutes les régions, les risques négatifs sont accrus ».

« Après avoir tourné à plein régime au début de 2018, l’économie mondiale a perdu de la vitesse en cours d’année et le chemin pourrait être encore plus cahoteux en 2019 », a écrit Kristalina Georgieva, directrice générale de la Banque mondiale, qui vient d’être appelée en relève à la présidence de la Banque après la démission surprise de Jim Yong Kim. Le conflit commercial entre les deux premières puissances économiques mondiales inflige déjà des dommages collatéraux. « De surcroît, l’intensification de tensions commerciales pourrait affaiblir la croissance mondiale et perturber des chaînes de valeur interdépendantes à l’échelle internationale », insiste-t-elle.

Endettement problématique

La Banque mondiale apporte aussi une attention particulière à la hausse des taux directeurs des banques centrales venant alourdir une situation d’endettement, public et privé, déjà aggravé par le renforcement du dollar américain, une partie importante de la dette dans les économies en développement étant libellée en billet vert. « Une forte hausse des charges d’emprunt pourrait restreindre les entrées de capitaux et ralentir la croissance dans de nombreux marchés émergents et économies en développement », écrit-elle. L’augmentation de la dette publique et privée dans le passé pourrait accentuer la vulnérabilité de certains pays aux fluctuations des conditions de financement.

Ce qui ne peut que nuire aux efforts en matière de lutte contre la pauvreté. « L’intensification des vents contraires, économiques et financiers, auxquels sont confrontés les pays émergents et en développement risque de compromettre les progrès accomplis par la communauté mondiale dans la réduction de l’extrême pauvreté. » La Banque, qui compte 189 États membres, déplore que la croissance en 2019 ne suffise pas « à réduire l’écart de revenus par habitant avec les économies avancées dans environ 35 % des marchés émergents et des économies en développement et dans 60 % des pays confrontés à des situations de fragilité, de conflit et de violence ».