Une année fiscale 2019 marquée par les surplus de Québec

Les premiers ministres canadien, Justin Trudeau, et québécois, François Legault, lors de la conférence des leaders du pays à Montréal, en décembre 2018
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les premiers ministres canadien, Justin Trudeau, et québécois, François Legault, lors de la conférence des leaders du pays à Montréal, en décembre 2018

Une campagne électorale à Ottawa et un premier budget de la CAQ à Québec. Marquée par une croissance économique au ralenti, l’année 2019 ne semble pas réserver d’énormes surprises pour l’instant au chapitre des finances publiques, même si la menace d’une guerre commerciale impliquant les États-Unis et la Chine n’est jamais bien loin.

Les derniers mois de 2018, marqués par l’arrivée au pouvoir de 75 députés caquistes, ont mis la table à l’année qui vient. La CAQ s’est retrouvée aux commandes d’un surplus budgétaire supérieur aux attentes, incitant The Globe and Mail à décrire Eric Girard comme le ministre des Finances le plus chanceux du Canada.

Le nouvel argentier du gouvernement Legault a-t-il un défi en particulier pour son premier budget ? « En fait, je pense que ça va bien. En matière de situation économique et financière, les indicateurs sont passablement au vert. L’économie québécoise va bien, on est légèrement en surchauffe, mais pas de quoi s’énerver encore », dit Pier-André Bouchard-St-Amant, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

« Les libéraux ont fait un relativement bon travail dans la gestion des finances publiques, ce qui veut dire que la CAQ hérite quand même d’un bon bilan financier. Et ils ont eu une belle surprise de péréquation », ajoute M. Bouchard-St-Amant en faisant référence au fait que la somme que recevra Québec du gouvernement fédéral grimpera de manière substantielle cette année. Le cadre financier de la première année de la CAQ n’a rien qui apparaisse « outrageusement mal estimé », selon lui.

Le portrait des surplus

Quand il a présenté son budget en mars 2018, le ministre libéral Carlos Leitão prévoyait un excédent de 850 millions pour 2018-2019. Les libéraux ont perdu leurs élections. Entre-temps, grâce à la croissance économique alimentant les revenus fiscaux du gouvernement, le surplus prévu a bondi à 2,6 milliards. La réserve de stabilisation, résultat des excédents du passé, devrait donc atteindre 8,8 milliards en mars prochain.

En ce qui concerne les paiements de péréquation, ils totaliseront pour le Québec 12,8 milliards en 2019-2020, soit 9 % de plus que l’année en cours. Les transferts pour la santé augmenteront de 5 % à 6,7 milliards.

La CAQ s’est engagée à alléger le fardeau fiscal de 1,7 milliard sur cinq ans lors de la mise à jour économique du 3 décembre. Le premier ministre François Legault a dit que « c’est un début », en attendant « le vrai budget, le gros budget » de la fin de l’hiver.

Pour le moment, les marges de manoeuvre sont relativement saines, dit Pier-André Bouchard-St-Amant. « On n’est pas dans un univers serré. C’est certain que, si le gouvernement prend des décisions qui diminuent ses revenus ou augmentent ses dépenses, le portrait va changer. C’est ça qui est à suivre à très court terme. » Il faudra aussi surveiller l’élection fédérale, en raison d’un potentiel de changement.

« Puisqu’il n’est en fonction que depuis quelques semaines, le gouvernement Legault a visiblement décidé de prendre son temps avant d’aller de l’avant avec une nouvelle orientation du cadre budgétaire de la province », a écrit l’équipe d’économistes du Mouvement Desjardins après la mise à jour économique. « Ce sera à suivre lors du dépôt du prochain budget, notamment en ce qui concerne l’harmonisation des taxes scolaires. »

D’abord estimé à 700 millions par la CAQ pendant la campagne, cet ajustement des taxes scolaires coûtera plutôt 900 millions, selon les calculs plus raffinés du ministère des Finances.

À cela s’ajoute une demande des villes qui a fait beaucoup de bruit cette année : elles veulent que Québec leur transfère un point de la taxe de vente (TVQ) afin d’être moins dépendantes de la taxe foncière. En campagne électorale, tous les partis étaient d’accord.

Du côté d’Ottawa

Du côté fédéral, où le gouvernement Trudeau n’entrevoit pas vraiment la fin de ses déficits, le ministre des Finances « nous a un peu annoncé ses couleurs », dit Luc Vallée, stratège en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne (VMBL).

Au chapitre du déficit, par exemple, « son objectif semble être le maintien du poids de la dette par rapport au PIB », ou encore sa réduction. « Il y a de la marge de manoeuvre, car l’économie est en croissance, mais pas assez de marge pour produire un budget super électoraliste », dit M. Vallée. De toute manière, croit-il, un grand coup d’éclat aurait un impact limité. « Le bilan de M. Trudeau va parler de lui-même. »

Le ministère fédéral des Finances prévoit un déficit de 19,6 milliards en 2019-2020, lequel descendra à 11,4 milliards en 2023-2024. Le déficit passerait donc de 0,8 % du PIB à 0,4 % sur la période. En guise de comparaison, le déficit américain attendu autour de 1000 milliards de dollars américains cette année représenterait 5 % du PIB des États-Unis. Les pays de l’Union européenne se situaient à 1 % en 2017.

La croissance économique canadienne devrait se chiffrer à 1,9 % en 2019 et à 1,8 % en 2020, selon VMBL. La Banque du Canada a relevé son taux directeur à trois reprises en 2018, plus que ce que prévoyaient certains.

La principale menace qui guette l’économie canadienne est celle d’une guerre commerciale impliquant la Chine et les États-Unis, pense M. Vallée. « S’il y a un conflit prolongé, profond, s’il y a des tarifs de 25 %, ça va faire mal au Canada. On pourrait se diriger vers une croissance qui serait diminuée d’au moins 1 %, même si ce n’est pas le scénario auquel nous souscrivons. »