La paix commerciale entre Américains et Chinois pourrait se faire attendre longtemps

Les présidents chinois, Xi Jinping, et américain, Donald Trump
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Les présidents chinois, Xi Jinping, et américain, Donald Trump

Pékin multiplie les gestes d’ouverture dans le conflit commercial qui l’oppose à Washington, mais on pourrait attendre longtemps avant de voir l’un ou l’autre prendre des actions concrètes vers la paix.

Les États-Unis et la Chine ont tenu, lundi, dans la capitale chinoise, la première réunion de négociations depuis que leurs présidents respectifs ont convenu le mois dernier, au Sommet du G20 à Buenos Aires, en Argentine, d’une trêve de 90 jours dans leur escalade de sanctions et de contre-sanctions commerciales.

Les hôtes chinois avaient réservé pour l’occasion une surprise à leurs invités américains. Censées se tenir entre hauts fonctionnaires et porter sur les aspects techniques des promesses récemment faites par la Chine pour répondre aux exigences américaines, les discussions ont soudainement vu débarquer le vice-premier ministre chinois et principal conseiller économique du président Xi Jinping, Liu He, qui s’est prêté au jeu des photos aux côtés du chef de la délégation américaine, le représentant adjoint au Commerce, Jeffrey Gerrish.

La visite surprise de Liu He a été interprétée comme une façon pour Pékin de redire aux Américains le sérieux qu’on accorde à ces négociations. Il venait s’ajouter à plusieurs gestes de conciliation posés depuis quelques semaines. La Chine a notamment suspendu jusqu’à la fin du mois de mars les surtaxes douanières qu’elle avait commencé à imposer aux véhicules et aux pièces automobiles importés des États-Unis. Elle a aussi passé plusieurs grosses commandes de soja américain et permis de nouveau l’importation de riz des États-Unis.

Pékin a promis aussi d’enclencher une série de réformes en réponse aux critiques de Donald Trump et d’autres pays occidentaux visant notamment à mettre un terme au transfert forcé de technologies par les compagnies qui viennent s’installer en Chine, à ne plus offrir d’avantage déloyal aux entreprises contrôlées par le gouvernement et à ouvrir aux étrangers le marché financier chinois.

De longs pourparlers

Ce n’est toutefois pas la première fois que Pékin fait de telles promesses, ont fait observer lundi des sources américaines dans The Wall Street Journal. Et loin de s’améliorer, la situation a plutôt eu tendance à se détériorer en la matière ces dernières années.

Aussi, le camp américain apparaît déterminé cette fois-ci à attendre l’adoption de mesures concrètes, la détermination d’échéanciers précis et la fixation de cibles mesurables avant d’envisager de réduire la pression exercée par ses tarifs douaniers existants, a rapporté The Financial Times.

Mais cela nécessitera presque assurément plus que les deux mois qui restent à la trêve qu’on s’est accordée le 1er décembre.

La guerre des tarifs

Cette guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, qui l’a entre autres amené jusqu’à présent à imposer des tarifs de 10 % sur 250 milliards d’importations chinoises, ne vise pas seulement à forcer la Chine à respecter certaines façons de faire, observait il y a deux semaines une analyse de la Banque Laurentienne.

Elle a aussi pour but de freiner l’ascension économique et géopolitique du seul concurrent sérieux à la superpuissance américaine. Pour cette raison, la Chine « a peu de chance de se plier aux demandes américaines en ce qui a trait à plusieurs enjeux importants », disaient les auteurs de l’analyse.

Les négociations sino-américaines se tiennent alors que les impacts de la guerre des tarifs que se livrent les deux pays se font, eux aussi, de plus en plus concrets, faisant craindre le pire pour l’économie mondiale. En Chine, on constatait la semaine dernière une baisse de régime marquée de l’activité manufacturière.

Aux États-Unis, le géant de l’électronique Apple rapportait au même moment avoir moins vendu de ses appareils iPhone qu’il l’espérait, en raison notamment de la faiblesse de la demande chinoise.