Le président de la Fed rassure les marchés boursiers

Jerome Powell a affirmé vendredi que face à l’inflation modeste et aux «inquiétudes» des marchés vis-à-vis d’un ralentissement économique, la Fed serait «patiente» en surveillant «comment l’économie évolue».
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Jerome Powell a affirmé vendredi que face à l’inflation modeste et aux «inquiétudes» des marchés vis-à-vis d’un ralentissement économique, la Fed serait «patiente» en surveillant «comment l’économie évolue».

Le patron de la Fed, Jerome Powell, a fortement revigoré les marchés vendredi en assurant que la banque centrale serait « patiente » sur les taux d’intérêt et en réaffirmant avec force l’indépendance de l’institution.

Lors d’une conférence à Atlanta (Géorgie), M. Powell a affirmé que face à l’inflation modeste et aux « inquiétudes » des marchés vis-à-vis d’un ralentissement économique, la Fed serait « patiente » en surveillant « comment l’économie évolue ».

« La politique monétaire n’est pas sur une trajectoire préétablie », a-t-il ajouté alors que les projections moyennes de la banque centrale prévoient pour l’instant deux hausses des taux d’un quart de point de pourcentage en 2019.

« Nous sommes toujours préparés à changer le cours de notre politique monétaire de façon significative si nécessaire », a poursuivi le président de la banque centrale.

Dans le sillage de ces déclarations, Wall Street, qui avait ouvert vendredi dans le vert après de bons chiffres américains de l’emploi, a nettement accentué sa hausse à la clôture. L’indice élargi S&P 500 a gagné 3,43 % à 2,531,94 points et le Nasdaq, à forte coloration technologique, a gagné 4,26 %.

Les Bourses européennes ont aussi été ragaillardies par ces propos, terminant en nette hausse.

M. Powell « a dit exactement ce que le marché voulait entendre », a résumé Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services.

Le patron de la Fed a relevé que les données économiques récentes « restaient solides », soulignant les fortes créations d’emplois encore annoncées vendredi (312 000) pour décembre, un sommet depuis dix mois, tandis que le taux de chômage reste sous les 4 %.

Le taux de sans-emploi est remonté à 3,9 % en décembre contre 3,7 % le mois précédent, mais pour de bonnes raisons : davantage de chercheurs d’emplois (plus de 400 000) se sont présentés sur le marché du travail, dans un signe de confiance envers l’économie.

« Nous avons aussi des salaires qui continuent à augmenter graduellement, ce qui est bienvenu et ce qui ne soulève pas d’inquiétude du côté de l’inflation », a encore indiqué M. Powell.

Le salaire horaire moyen a enregistré une hausse de 0,4 % en décembre, sa plus forte progression depuis août, et de 3,2 % sur un an.

Trump contre la Fed

Le président Trump s’est chaudement félicité vendredi des « formidables chiffres » de l’emploi qui « ont surpris beaucoup de gens » et qui « ont de toute évidence un fort impact sur les marchés boursiers ». « Cela a beaucoup à voir avec le retour des entreprises sur le territoire américain », a-t-il assuré.

Plus tôt, M. Powell a néanmoins pris acte des « inquiétudes » des marchés alors que la Bourse de Wall Street s’est montrée hyper nerveuse depuis quelques mois.

Il a attribué au ralentissement chinois, accentué par les tensions commerciales avec Washington, la récente baisse de la progression de l’activité manufacturière aux États-Unis, qui fait craindre que la croissance américaine ait atteint un pic.

Alors qu’il s’exprimait aux côtés de ses deux prédécesseurs Janet Yellen et Ben Bernanke, Jerome Powell a aussi vigoureusement défendu l’indépendance de la Réserve fédérale, qui a été sous le feu des critiques du président Donald Trump.

« Non », a lancé sans hésitation Jerome Powell quand on lui a demandé s’il donnerait sa démission si le président des États-Unis le lui demandait.

M. Powell a été l’objet de très nombreuses attaques de la part de M. Trump, qui lui reproche les hausses de taux d’intérêt (quatre en 2018).

L’hôte de la Maison-Blanche voit les relèvements monétaires comme une erreur nuisant à sa politique économique, un avis partagé par de nombreux investisseurs et économistes qui jugent que la Fed ne voit pas les signes de ralentissement que commence à donner la première économie mondiale.

M. Powell a précisé qu’aucune entrevue avec le président n’était prévue à ce stade, semblant démentir des informations de presse selon lesquelles les conseillers de Donald Trump tenteraient d’arranger un rendez-vous entre les deux hommes pour essayer d’apaiser les tensions.

Le patron de la banque centrale en a profité pour rappeler que la Fed avait « une culture très solide pour agir de manière apolitique ».

Il a été immédiatement soutenu par Janet Yellen, qui a dit craindre que les critiques du président Trump « minent la confiance » envers la banque centrale.

Dur début d’année

Depuis longtemps une bulle, les marchés boursiers ont connu toute une dégringolade au cours des derniers mois de 2018. La première semaine de la nouvelle année leur a offert un autre tour de montagne russe après qu’on a appris notamment les dommages infligés par la guerre des tarifs commerciaux entre les États-Unis et la Chine sur l’activité économique chinoise et, par contrecoup, sur les ventes de iPhone du géant américain Apple.

Vendredi, Wall Street, tout comme les places financières à travers le monde, ont également profité de la sortie d’une autre banque centrale, celle de la Chine (PBOC), qui a annoncé des mesures de soutien à l’économie du pays. L’action d’Apple, qui avait plongé de 10 % jeudi, a clôturé en hausse de 4,2 %.

Au Canada, l’indice composé S&P/TSX du parquet torontois a gagné 1,5 % à 14 426,62 points et le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 74,57 ¢US, en hausse par rapport à son cours moyen de 74,02 ¢ de la veille. Ces dernières remontées découlaient entre autres de la hausse du prix du brut de 87 ¢US à 47,96 $US le baril à New York, après qu’un rapport eut révélé que les réserves américaines de brut étaient restées essentiellement inchangées.

Avec La Presse canadienne et Le Devoir