Jongler 2019 entre actions et obligations

La firme Unigestion prévoit que les actions et les éléments d’actif à risque vont générer des rendements positifs en 2019, mais à un niveau plus faible.
Photo: Spencer Platt Getty images / AFP La firme Unigestion prévoit que les actions et les éléments d’actif à risque vont générer des rendements positifs en 2019, mais à un niveau plus faible.

À la Bourse, 2018 a été une année de transition, dominée par un retour de la volatilité. Une transition qui amènera l’investisseur à jongler cette année avec la corrélation actions-obligations et à renouer avec les titres à revenu fixe ou leur équivalent, tels les placements privés et l’actif réel.

Une petite étude publiée au début de décembre par les analystes de la Banque Nationale pose la question. Corrélations actions-obligations : sommes-nous à un point d’inflexion ? Dans ce survol historique plutôt technique, la question est posée : « Les tensions commerciales et la montée du protectionnisme pousseront-elles l’économie mondiale dans un état d’efficacité moindre et de tensions inflationnistes sous-jacentes ? En d’autres termes, l’économie américaine entre-t-elle dans une période de faible croissance et d’augmentation de l’inflation ? » demandent les auteurs. Dans une telle conjoncture, « l’histoire nous apprend qu’un tel régime entraîne une diminution des ratios cours/bénéfice ».

S’ajoute une économie mondiale en proie à un choc de productivité alimenté par les innovations technologiques, telles que la robotique et l’intelligence artificielle. « Dans ce cas, le régime qui s’en vient pourrait être comparable à celui des années 1990 », avance l’étude de la Nationale, avec poussée inflationniste en prime.

Au cours de cette décennie, qui s’est déployée entre la sévère récession de 1990-1992 et le krach des valeurs technologiques de 2000 sous l’éclatement de la bulle Internet, les chocs se sont multipliés à l’échelle mondiale. On pense à la crise du peso mexicain en 1994-1995, puis de la dette russe, à la crise monétaire asiatique de 1997-1998 et à celle de la dette souveraine, plongeant notamment l’Argentine dans le chaos économique et social. Dans la foulée, la flambée de la croissance chinoise s’est aussitôt éteinte, entraînant son lot de chômeurs et de mauvaises créances pour les banques locales.

Pour les États-Unis, la caractéristique de cette décennie par rapport aux cycles précédents a été l’absence de réelles tensions inflationnistes et salariales malgré une phase d’expansion économique s’inscrivant dans la durée.

Du milieu des années 1960 à la fin des années 1990, la corrélation entre les prix des actions américaines et les taux d’intérêt sur le marché des obligations du Trésor américain était principalement négative, rappelle la Banque.

Prévisions

Pour la firme Unigestion, 2019 sera une année de continuité, avec la poursuite de la normalisation des politiques monétaires et une volatilité grandissante sur les marchés. Elle entrevoit un ralentissement de l’expansion économique, mais sans récession, avec une accélération de l’inflation sous la poussée des salaires et des prix des intrants venant plomber les marges bénéficiaires des entreprises.

Unigestion prévoit que les actions et les éléments d’actif à risque vont générer des rendements positifs en 2019, mais à un niveau plus faible. La firme préfère, ainsi, ajuster à la baisse le niveau de risque des portefeuilles et rétrécir la duration du segment obligataire. « Réduire sa vulnérabilité au marché sera l’élément-clé en matière d’investissement en 2019. »

Stratégies de remplacement

Alain E. Roch, président et chef de la direction du spécialiste en gestion de patrimoine BlueBridge, conclut pour sa part, dans un blogue de fin d’année, à une « saisissante métamorphose qui s’opère ». « Les perspectives de rendement à long terme d’un portefeuille équilibré semblent limitées par un certain nombre de facteurs d’ordre cyclique, des valorisations élevées et des taux d’intérêt sous pression, le tout dans une économie en fin de cycle », souligne-t-il.

Les choix du spécialiste vont vers les stratégies de remplacement. « Les marchés privés, certes moins liquides, ont surperformé les actifs cotés sur les dix dernières années. Et pour ceux qui le peuvent, s’exposer aux actifs réels permet de dégager des rendements positifs tout en se protégeant de l’inflation. » Dans ce premier cas, il cite une étude du CFA Institute selon laquelle le nombre d’entreprises cotées sur les marchés publics est en déclin de 50 % en 20 ans aux États-Unis, tandis qu’il stagne dans la zone euro et au Royaume-Uni, les entreprises préférant de plus en plus les avantages des marchés privés à ceux des marchés publics. « Cette mutation risque de pénaliser l’épargnant moyen, qui investit actuellement plutôt sur les marchés cotés traditionnels, par exemple sous la forme de fonds de placement. Il en souffrira parce que les marchés cotés [et les indices] sont de plus en plus concentrés sur les industries anciennes et de moins en moins sur les actions de croissance. »

Quant à l’attention portée aux éléments d’actif réel, « si l’achat d’oeuvres d’art, de voitures de collection ou de vins rares est en nette progression, c’est surtout l’immobilier, les terres agricoles, la forêt et les infrastructures qui vont en bénéficier dans les prochaines années », croit Alain E. Roch.

Si l’achat d’œuvres d’art, de voitures de collection ou de vins rares est en nette progression, c’est surtout l’immobilier, les terres agricoles, la forêt et les infrastructures qui vont en bénéficier dans les prochaines années

L’investissement en agriculture regroupe les différentes cultures, l’élevage animal et l’exploitation de terre à bois. « L’agriculture n’est certes pas un concept nouveau, mais l’engouement récent des clients aisés émerge d’un contexte économique et de tendances démographiques favorables. » En matière de diversification de portefeuille, cette catégorie propose, notamment, une faible corrélation avec les marchés traditionnels. « L’agriculture a également historiquement constitué une excellente protection contre l’inflation. »

S’ajoute l’investissement dans les infrastructures. « Ces actifs partagent tous les caractéristiques suivantes : un service fondamental à la communauté, une position de quasi-monopole naturel, une demande peu dépendante de la conjoncture, des actifs de longue durée ainsi que des coûts et des revenus futurs attendus prévisibles, car souvent réglementés par l’État. » Le président de Blue Bridge parle de prévisibilité et de stabilité des revenus, et d’une protection contre l’inflation. « Alliant rendements attractifs, décorrélation et protection contre l’inflation, les infrastructures se présentent donc comme une solution de remplacement intéressante aux revenus obligataires », conclut-il.