De la guerre entre partenaires commerciaux

Apple ne serait pas la seule compagnie américaine à essuyer de plus en plus les contrecoups de l’escalade des tarifs douaniers et des échanges belliqueux entre les deux plus grandes économies de la planète.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse Apple ne serait pas la seule compagnie américaine à essuyer de plus en plus les contrecoups de l’escalade des tarifs douaniers et des échanges belliqueux entre les deux plus grandes économies de la planète.

Le discours belliqueux et les tarifs douaniers des derniers mois de Donald Trump contre la Chine semblaient contredire la règle voulant que des partenaires commerciaux ne se font pas la guerre. Les répercussions grandissantes de ses attaques sur l’économie américaine viennent montrer pourquoi.

Le géant américain de l’électronique Apple a connu jeudi sa pire séance en Bourse depuis 2013 avec une dégringolade de presque 10 % de la valeur de son action. Les investisseurs réagissaient à l’annonce, par la compagnie, de ventes décevantes de la nouvelle mouture de ses iPhone, particulièrement dans le plus grand marché de téléphones intelligents au monde, la Chine, et en raison notamment de l’impact sur l’économie chinoise des sanctions commerciales infligées par le gouvernement américain. Les marchés réagissaient aussi à l’idée (confortée par les propres conseillers économiques de Donald Trump) qu’Apple ne sera pas la seule compagnie américaine à essuyer de plus en plus les contrecoups de l’escalade des tarifs douaniers et des échanges belliqueux entre les deux plus grandes économies de la planète et de toute l’incertitude que cela soulève à un moment où l’on sent un peu partout l’essoufflement de la croissance.

Les économistes diront que ces contrecoups pendaient au bout du nez de l’économie américaine depuis que Donald Trump a commencé à frapper de tarifs commerciaux un peu tout le monde, mais avec un acharnement particulier sur la manufacture du monde. Dans une économie mondiale où les chaînes de valeurs n’ont jamais été aussi étroitement intégrées, ces tarifs équivalent à des taxes qui frappent presque tout ce que les entreprises produisent et ce que les familles consomment. Ces pelletées de sable dans l’engrenage devaient fatalement finir par produire leur oeuvre, même dans une économie aussi chauffée à blanc par les baisses d’impôt et la déréglementation que celle des États-Unis.

Cette multitude de liens concrets que tisse le commerce entre les nations et qui ont un impact bien concret non seulement sur la prospérité des entreprises, mais aussi sur l’emploi et le mode de vie des populations explique pourquoi les historiens et bien des dirigeants politiques aiment répéter que jamais deux pays qui font du commerce ensemble ne se font la guerre.

On peut sans doute trouver des exceptions et certains feront sans doute valoir que l’escalade de la tension commerciale entre les États-Unis et la Chine est encore loin de ce qu’on peut appeler une véritable guerre. Donald Trump a beau affirmer que ses sanctions ne visent qu’à forcer Pékin à abandonner certaines pratiques commerciales déloyales, comme le viol de la propriété intellectuelle des compagnies étrangères, mais toute son action emprunte de plus en plus à la logique d’une nouvelle guerre froide à freiner l’ascension chinoise, notamment dans les secteurs économiques de l’avenir comme les voitures électriques, les énergies vertes et la nouvelle génération de téléphonie mobile. Mais une différence majeure entre l’ancienne guerre froide et sa nouvelle version est que les économies occidentales et soviétique coexistaient essentiellement en parallèle alors que les économies américaine et chinoise sont inextricablement liées, tout comme elles le sont avec les autres économies.

Pendant ce temps, au Canada

Plus étroitement liée à l’économie américaine que n’importe quelle autre, l’économie canadienne a fait les frais, elle aussi, de plus d’une attaque sur le front commercial depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de son actuel occupant. Trop conscient de l’importance vitale pour lui de maintenir le commerce le plus ouvert et ordonné possible, le Canada est parvenu, cet automne, aux termes de négociations particulièrement pénibles, à sauver l’essentiel de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) dont il disposait déjà. Il en a aussi profité l’an dernier pour conclure, avec dix autres pays, une nouvelle version du Partenariat transpacifique sans les États-Unis.

Ce dernier traité est entré en vigueur au début de l’année au Canada. Quant au nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), il n’a pas encore été ratifié et pourrait ne pas l’être avant un certain temps, à en juger par l’extrême difficulté de faire adopter quoi que ce soit par l’actuel Congrès américain. La vigueur de la croissance économique pourrait dépendre cette année au Canada de la capacité de ses entreprises à saisir ces occasions qui s’offriront à elles. Cela ne coule pas toujours de source, comme on l’a montré en 2018, la première année d’un autre accord de libre-échange, avec l’Union européenne celui-là, et dont semblent avoir surtout profité les entreprises européennes jusqu’à présent.