L’effet Trump secoue encore la Bourse de New York

Lorsque comparée à la performance boursière après une première année électorale, celle de Donald Trump a été surpassée à cinq reprises depuis la Deuxième Guerre mondiale, écrivait l’économiste Robert Kavcic.
Photo: Alex Brandon Associated Press Lorsque comparée à la performance boursière après une première année électorale, celle de Donald Trump a été surpassée à cinq reprises depuis la Deuxième Guerre mondiale, écrivait l’économiste Robert Kavcic.

Pour Wall Street, l’effet Trump, sous son impact positif sur les cours, n’aura été que l’affaire de quelques semaines postélectorales. L’effet Trump, sous son impact négatif sur les cours, vient de pousser Wall Street à la frontière d’un « bear market ».

Avant l’imposant rebond de mercredi, les principaux indices de référence de la Bourse de New York frappaient à la porte d’un marché considéré comme étant fondamentalement baissier, associé généralement par les analystes à une correction de 20 % et plus. Ce changement d’humeur à New York s’est produit en moins de trois mois seulement. La guerre commerciale allant en s’amplifiant entre les États-Unis et la Chine est venue jeter une ombre sur une activité économique mondiale carburant aux échanges commerciaux. Les investisseurs s’inquiètent aussi de la rétroaction de ce protectionnisme sur la première économie de la planète, qui affichera ses premiers signes de ralentissement une fois passé l’impact de la surstimulation venue de la réforme fiscale. Est venue s’ajouter la dialectique Trump-Powell, avec les attaques répétées du locataire de la Maison-Blanche contre l’indépendance de la Réserve fédérale.

Les grands indices américains ont trôné au premier rang de la performance des principaux baromètres boursiers mondiaux en 2017. Le Nasdaq a bondi de 28 %, le Dow Jones, de 25 %, et le S&P, plus représentatif, de 19 %. À titre de comparaison, Toronto n’a fait que du 6 % l’an dernier. Fallait-il voir dans ce contraste une contribution du président des États-Unis ? Lorsque comparée à la performance boursière après une première année électorale, celle de Donald Trump a été surpassée à cinq reprises depuis la Deuxième Guerre mondiale, écrivait l’économiste senior chez BMO Marchés des capitaux, Robert Kavcic. Sous Bill Clinton, la progression avait même été de 31 %.

Quant à cette réforme fiscale à mettre au bilan de M. Trump, on ne peut que la placer dans le contexte d’une économie évoluant à son plein potentiel et son plein emploi. Au demeurant, le Fonds monétaire international a multiplié les messages avertissant que les effets positifs de cette réforme, adoptée en décembre 2017, vont s’estomper.

On doit également placer cette réforme dans une mouvance toujours plus ressentie sur les cours boursiers d’entreprises faisant le choix de rediriger leurs liquidités en excès vers les actionnaires, sous forme de hausse du dividende et de rachat d’actions, ou encore vers des investissements peu productifs comme les fusions-acquisitions.

La Fed pour cible

Cela redit, les grands indices boursiers américains avaient accumulé un plongeon de 17 % en trois mois, de 20 % pour le Nasdaq, avant le fort rebond de mercredi. Tout était donc tombé en territoire négatif depuis le début de l’année. Les participants au marché n’en ont plus que pour les sorties répétées, allant en s’intensifiant depuis juillet, de Donald Trump tantôt contre l’indépendance de la Réserve fédérale, tantôt contre la compétence du président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, pourtant candidat de premier choix de M. Trump. Le ton a pris l’allure d’invectives le week-end dernier, des médias financiers américains avançant que le président avait discuté en privé de la possibilité de limoger Jerome Powell. Qu’il consultait ses conseillers pour examiner la faisabilité juridique d’une telle démarche.

Une information aussitôt démentie par le secrétaire du Trésor Steven Mnuchin. Le conseiller économique de la Maison-Blanche Kevin Hassett s’est senti obligé mercredi de confirmer que le poste de M. Powell n’était pas menacé.

Ces conseillers étaient d’autant plus acculés au pied du mur qu’il leur fallait convaincre de la solidité de la croissance économique américaine en cette période de fortes turbulences en Bourse. Voire, au demeurant, citer le mouvement de hausse des taux d’intérêt amorcé par la Fed, tant dénoncé par Donald Trump, comme étant une preuve de la bonne santé économique des États-Unis.

Et qu’il leur fallait aussi réparer une autre erreur de communication. L’Agence France-Presse revient à ce Steven Mnuchin voulant se faire rassurant le week-end dernier, affirmant avoir eu des entretiens avec les six principales banques du pays qui disposent « d’amples liquidités » et en convoquant une conférence téléphonique avec un groupe de travail sur les marchés financiers. Ses tweets, envoyés depuis son lieu de vacances, ont pris l’allure d’une communication de crise, secouant toujours plus les marchés.

Décidément.