Impasse à l’aluminerie de Bécancour

Cela fait maintenant près d’un an que 1030 employés syndiqués de l’aluminerie, propriété d’Alcoa à 75% et de Rio Tinto Alcan à 25%, ont été mis en lockout après le rejet des offres patronales.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Cela fait maintenant près d’un an que 1030 employés syndiqués de l’aluminerie, propriété d’Alcoa à 75% et de Rio Tinto Alcan à 25%, ont été mis en lockout après le rejet des offres patronales.

Que s’est-il passé pour que l’aluminerie de Bécancour (ABI) et les Métallos soient incapables de s’entendre sur un scénario de règlement à la date butoir prévue par Québec ? C’est l’une des questions que se pose le ministre du Travail, Jean Boulet, visiblement déçu vendredi d’annoncer l’impasse dans laquelle se trouvent les discussions visant à dénouer le conflit.

Voilà maintenant près d’un an que 1030 employés syndiqués de l’aluminerie, propriété d’Alcoa à 75 % et de Rio Tinto Alcan à 25 %, ont été mis en lockout après le rejet des offres patronales. L’entreprise, plus grand employeur privé de la région, a mis au repos les deux tiers de sa production au début du conflit pour maintenir un certain niveau d’activité avec des cadres. Elle a de nouveau réduit sa capacité cette semaine.

« Il y a eu cette semaine une réduction des activités de la part de la compagnie, et la partie syndicale a par la suite déposé une plainte pour négociation de mauvaise foi. Je suis contraint de vous confirmer que le dossier est dans une impasse », a dit le ministre Boulet lors d’une conférence de presse à Trois-Rivières. Celui-ci avait fixé la date butoir au 21 décembre.

« Je vous assure que je suis extrêmement déçu. Je suis toujours à la recherche de solutions. Je déplore des comportements. Je déplore le manque de volonté réelle d’en arriver à une entente négociée », a ajouté le ministre, député de Trois-Rivières et ministre responsable de la région de la Mauricie. Le conflit a un impact concret, tant dans les familles que dans les PME de la région, a insisté le ministre.

Au retour des Fêtes. M. Boulet voudra un rapport « complet » du conseil de médiation, composé de Lucien Bouchard, de la sous-ministre adjointe aux relations du travail, Mélanie Hillinger, et du conciliateur, Jean Nolin. Le conseil a fait un travail exceptionnel, a-t-il dit. Le scénario d’un arbitrage requerrait le consentement des parties, et le ministre n’a « vraiment pas l’intention d’imposer un arbitrage ». Une fois le rapport déposé, divers scénarios seront à l’étude, dont « celui de la rédaction d’une hypothèse de règlement ».

« Très accrochées »

Même s’il attend le rapport complet, le ministre a toutefois pu comprendre, selon des échanges qu’il a eus avec le conseil de médiation, que « les deux parties étaient très accrochées à leurs positions, et quand on veut faire de la négociation raisonnée, on va au-delà des positions et on essaie de comprendre les intérêts des parties, et on réalise à un moment qu’il y a des intérêts communs ».

Lorsque la société Alcoa a annoncé mercredi son intention de fermer la moitié de la dernière série de cuves toujours en activité, elle a mentionné que malgré les « longues négociations cette année », ABI et les Métallos ne s’étaient « pas encore entendus sur les façons clés d’améliorer la productivité et la rentabilité ». La direction de l’aluminerie « demeure consacrée à obtenir une entente négociée », a-t-elle ajouté.

« Ça fait longtemps qu’on se rend compte que ça n’évolue pas », a dit le président de la section locale 9700, Clément Masse, en entrevue à RDI. « Je pense que l’employeur s’est présenté au conseil de médiation sans volonté réelle de négocier. D’ailleurs, on l’a vu ces derniers jours quand l’employeur a fermé la moitié de la dernière série de cuves qui fonctionnaient toujours. »

ABI et le syndicat des Métallos ont convenu il y a longtemps qu’il n’y aurait pas de négociation sur la place publique. On sait toutefois qu’au déclenchement du lockout, les enjeux portaient entre autres sur les régimes de retraite et l’ancienneté dans les mouvements de main-d’oeuvre.

Les employés syndiqués sont couverts par trois conventions collectives, toutes échues en 2017.