Assemblée annuelle des actionnaires - Power Corporation défend son mode de gestion

Les dirigeants de Power Corporation, l’une des dix entreprises les plus importantes au Canada, n’ont toujours pas l’intention de séparer les rôles de président du conseil d’administration et de chef de la direction. À l’heure actuelle, Paul Desmarais junior occupe le fauteuil de président du conseil et co-chef de la direction avec son frère, André Desmarais.

Power Corporation possède notamment les compagnies d’assurances Great-West, London Life et Canada-Vie. Elle possède également Group Investors et la Financière Mackenzie ainsi qu’une participation importante dans la société de portefeuilles Pargesa, qui contrôle des actions de multinationales européennes comme Bertelsmann (médias et communications), Total (pétrole) et Suez (énergie). Power Corporation dirige aussi Gesca, propriétaire de sept quotidiens au Québec, dont La Presse et Le Soleil. En 2003, ses profits ont atteint 1,268 milliard de dollars, dont 90 % proviennent de la division Financière Power, qui dirige les compagnies d’assurances.
En marge d’une assemblée annuelle sans tracas hier à Montréal, les frères Desmarais ont défendu leur modèle de gestion. Lors de son allocution, Paul Desmarais junior a souligné que «partout autour de nous, la confiance se perd et cède au cynisme, tant dans le milieu des affaires que dans le monde politique». Il s’est dit déçu de voir que «les valeurs qui ont fait grandir Power se perdent».
Selon lui, l’important n’est pas de séparer les rôles de direction, comme les entreprises cotées en Bourse le font à tour de rôle depuis quelques années, mais de voir le style de gestion. «Les investisseurs doivent se sentir concernés quand une direction de compagnie cherche le profit à court terme. Là, ça peut mener à des abus et aux scandales qu’on a vus. Nous sommes convaincus que notre vision d’offrir des rendements satisfaisants à long terme est la bonne.»
En point de presse, Paul Desmarais junior a été plus direct, estimant que «lorsqu’il est question de bonne gouvernance, certains deviennent quelque peu hystériques». «On est à un extrême actuellement, a-t-il dit. Moi aussi, je suis inquiet [des malversations comptables], mais c’est un phénomène mondial. Plusieurs personnes ont mal agi et elles seront jugées.»
Mais selon lui, séparer les rôles de président du conseil et de chef de la direction pour ensuite nommer un président du conseil plus neutre n’est pas l’exemple à suivre pour toutes les compagnies. «Ce n’est pas une méthode “one size fits all”! Chaque compagnie doit agir différemment. Il faut plutôt s’attarder à comment la gouvernance s’opère dans chacune.»
Paul Desmarais junior pense aussi que l’exigence de rendement rapide des actionnaires peut avoir des effets pervers. «Les conseils d’administration et les dirigeants doivent tellement surveiller leurs gestes et envisager comment une action sera perçue que ça peut les empêcher de prendre un risque qu’ils auraient dû prendre. Aujourd’hui, ça prend plus de courage pour diriger.»

Bénéfice trimestriel à la hausse
Power Corporation a profité de l’assemblée annuelle pour dévoiler des résultats trimestriels à la hausse. Le bénéfice net de Power Corporation pour les trois mois terminés le 31 mars dernier s’est élevé à 207 millions de dollars, ou 90 ¢ par action, une augmentation de 24 % comparativement aux 167 millions (72 ¢ par action) enregistrés au premier trimestre 2003.
Le conseil d’administration de la société a par ailleurs approuvé un fractionnement des actions ordinaires à raison d’une ancienne action pour deux nouvelles. Une assemblée spéciale des porteurs d’actions comportant des droits de vote limités et des porteurs d’actions privilégiées participantes aura lieu le 13 juillet. On leur demandera alors de réviser et, si on le juge opportun, d’approuver le fractionnement en question.