Wall Street, entre Fed et blocage budgétaire, poursuit sa chute

Des courtiers réagissant à la hausse du taux de la Fed, mercredi
Photo: Mark Lennihan Associated Press Des courtiers réagissant à la hausse du taux de la Fed, mercredi

Wall Street s’est de nouveau fortement repliée, jeudi, les investisseurs s’inquiétant de la posture de la Banque centrale américaine (Fed) et d’un éventuel blocage budgétaire à Washington.

Le Dow Jones a abandonné 2 % pour terminer à 22 859,60 points. Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a cédé 1,6 % à 6528,41 points. Il a franchi un cap symbolique en cours de séance en perdant plus de 20 % par rapport à son dernier sommet atteint au mois d’août, avant de se reprendre un peu. L’indice élargi S&P 500 a reculé de 1,6 % à 2467,42 points. À Toronto, l’indice composé S&P/TSX a touché un creux de deux ans et demi, rendant 122,29 points ou 0,9 % pour clôturer à 14 141,77 points.

« On s’enfonce dans un marché déprimé, le Nasdaq a déjà perdu 20 % et sera bientôt rejoint par le S&P 500 […], ça ne s’arrête pas », a constaté Peter Cardillo de Spartan Capital Securities. Les investisseurs se sont montrés fébriles dès le début de la séance, continuant à digérer la position moins accommodante qu’anticipé de la Fed, qui a augmenté ses taux directeurs d’un quart de point à l’issue d’une réunion de politique monétaire mercredi. L’institution a aussi revu à la baisse, de trois à deux, le nombre de hausses de taux prévues pour l’an prochain, ainsi que ses anticipations de croissance et d’inflation pour 2018 et 2019, actant ainsi la prise en compte d’un risque de calage de l’économie américaine.

Signe de l’agitation ambiante, la volatilité à Wall Street, mesurée par l’indice VIX, a grimpé à son plus haut niveau depuis février.

Chute mondiale

Les Bourses mondiales avaient précédé Wall Street jeudi. « Entre la Fed et les aléas budgétaires à Washington, le marché décide de vendre d’abord et de poser des questions ensuite », a commenté David Levy, de Republic Wealth Advisors. Les marchés européens s’enfonçaient à la clôture, l’Eurostoxx concédant 1,7 %, à 3000,06 points. « Là où le bât blesse, c’est que le marché attendait un signal clair et direct indiquant que la Fed allait se mettre en pause », a analysé Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque. « Beaucoup d’intervenants de marché ont douté ces dernières séances de la possibilité même d’une hausse des taux en décembre et une plus importante proportion attendait un message allant dans le sens du statu quo monétaire en 2019 », selon lui.

Le pétrole coule

Les cours du pétrole ont aussi clôturé en baisse, d’environ 5 %, à New York comme à Londres, reprenant, après une journée de répit, leur dégringolade dans le sillage des marchés boursiers. « On savait déjà que l’offre de brut sur le marché mondial était abondante avec la production des trois grands géants que sont les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Russie à des niveaux records », rappelle Robert Yawger de Mizuho. « Mais maintenant, alors que les marchés boursiers sont en train de plonger, on a aussi le sentiment que la demande va baisser dans la mesure où les gens n’auront plus autant d’argent dans leurs poches », ajoute-t-il.

Le baril de WTI pour février, la référence aux États-Unis, a perdu 2,29 $US pour terminer à 45,88 $US, son plus bas niveau depuis juillet 2017. Il a abandonné 40 % depuis début octobre. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février a clôturé à 54,35 $US sur l’Intercontinental Exchange de Londres, en baisse de 2,89 $US par rapport à la clôture de mercredi et au plus bas depuis septembre 2017. Il a perdu 37 % en un peu plus de deux mois.

« On est en pleine guerre commerciale, les marchés des actions s’effritent, la Banque centrale américaine ne gère pas du tout, et on va peut-être se retrouver avec une paralysie partielle des administrations aux États-Unis », énumère M. Yawger.

Avec Le Devoir