La volonté d'indépendance de la Fed

Donald Trump ne cesse de s’en prendre à la Réserve fédérale. Encore récemment, il s’offrait une autre critique bien sentie disant que la Fed était sa «principale menace».
Photo: Karen Bleier Agence France-Presse Donald Trump ne cesse de s’en prendre à la Réserve fédérale. Encore récemment, il s’offrait une autre critique bien sentie disant que la Fed était sa «principale menace».

L’on peut se demander si la Réserve fédérale aurait plutôt opté pour une pause en cette fin d’année, n’eussent été les pressions inappropriées du président américain. Si l’arbitrage emploi-inflation compose son mandat, la Fed a aussi mission de défendre son indépendance face aux considérations politiques.

En septembre, alors qu’elle commandait une troisième hausse de 25 points de base de son taux cible cette année, la Fed avait la surchauffe de l’économie américaine et un risque de dérapage inflationniste dans sa mire. Un dépassement du taux neutre avait même été évoqué, le ton restrictif de cette inclinaison jetant une douche froide sur les marchés. Mercredi, la banque centrale orchestrait plutôt un scénario de ralentissement du rythme de croissance en 2019 et d’une inflation contenue autour de sa cible de 2 %. Son président, Jerome Powell, avait préalablement surpris les marchés en parlant récemment d’un taux cible s’approchant du taux neutre, que l’on situe entre 2,5 et 3 %.

Une pause aurait donc été bien ressentie mercredi, d’autant que le compte rendu de la réunion des 25 et 26 septembre montrait déjà une hésitation parmi les membres du Comité monétaire. La Fed a préféré jouer le scénario attendu en ajoutant 0,25 point à son taux au jour le jour mercredi, recevant un vote unanime des membres du Comité monétaire. Une volonté de manifester son indépendance face aux attaques frontales répétées du locataire de la Maison-Blanche, peut-on croire.

Donald Trump ne cesse, d’ailleurs, de s’en prendre à la Réserve fédérale. Encore récemment, le président américain s’offrait une autre critique bien sentie disant que la Fed était sa « principale menace », qu’elle « augmente les taux trop rapidement et qu’elle est trop indépendante ». Quant à Jerome Powell, pourtant le choix de Donald Trump, « je ne suis pas content de ce qu’il fait », avait-il souligné. L’institution a répondu avec quatre hausses de taux cette année.

En revanche, la cadence sera réduite en 2019. Ce ne seront plus trois, mais probablement deux augmentations qui viendront marquer la conjoncture américaine l’an prochain. La banque centrale sort la carte d’une décélération de la croissance, avec une progression du PIB ramenée à 2,3 % en 2019, contre une poussée de 3 % cette année, dopée par le stimulus budgétaire et fiscal de Washington. Et d’une prévision d’inflation abaissée. Sans mentionner la guerre commerciale que livrent les États-Unis à la Chine et les tensions que Washington alimente avec ses principaux partenaires économiques, la Fed parle du risque que des facteurs extérieurs viennent plomber l’économie américaine. Aussi, le ralentissement observé en Chine et dans nombre de pays émergents, combiné au retour de la volatilité sur les marchés boursiers, incite à la prudence.

Jerome Powell pourrait très bien rétorquer à son tour qu’il a eu à conjuguer avec les interventions économiques plutôt mal inspirées du président américain dans le contexte d’une économie fonctionnant déjà à son plein potentiel, soutenue par une dette publique nourrie aux stéroïdes. Il a également dû rappeler, mercredi, que « les considérations politiques ne jouent absolument aucun rôle » dans les décisions de l’institution qu’il préside. Mais il sent le besoin d’être plus présent l’an prochain, d’accompagner chaque fin de réunion du Comité monétaire d’un point de presse. La formule de ces rencontres avait été privilégiée par un Ben Bernanke désireux de se faire le plus explicatif possible dans le contexte de la crise de 2008. Janet Yellen, elle, avait maintenu ces rencontres sur une base trimestrielle. M. Powell sent le besoin de communiquer davantage. À quand le tweet quotidien ?

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