Baisse de régime à l’aluminerie ABI de Bécancour

Pour le syndicat des Métallos, dont les membres ont manifesté à Montréal en novembre dernier, la mise au repos des cuves traduit un manque de respect pour le processus de négociation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour le syndicat des Métallos, dont les membres ont manifesté à Montréal en novembre dernier, la mise au repos des cuves traduit un manque de respect pour le processus de négociation.

Alcoa met au repos la moitié des cuves toujours en production à l’aluminerie ABI de Bécancour, un geste annoncé mercredi qui survient à l’approche d’une date importante dans la médiation entre l’entreprise et les syndiqués en lockout.

Deux séries de cuves ont été arrêtées en janvier 2018, mais la présence de cadres a permis de maintenir la troisième série en production après le déclenchement du conflit qui touche 1030 employés depuis 11 mois.

Les employés non syndiqués d’Alcoa, qui détient 75 % de l’aluminerie, ont effectué la production et l’entretien jusqu’ici, mais l’entreprise a choisi de réduire la cadence en raison d’une série de « retraites et de départs ». L’autre tranche de 25 % appartient à Rio Tinto Alcan.

Le geste est survenu à deux jours de la date butoir de vendredi fixée par Québec dans l’espoir d’une entente entre les parties. Le conseil de médiation est présidé par Lucien Bouchard et comprend aussi la sous?ministre adjointe aux Relations du travail au ministère du Travail, Mélanie Hillinger, et le conciliateur Jean Nolin.

Une entente espérée

« Après de longues négociations cette année, ABI et le syndicat ne sont pas encore entendus sur les façons clés d’améliorer la productivité et la rentabilité, a indiqué la société de Pittsburgh dans un communiqué matinal. La direction d’ABI demeure consacrée à obtenir une entente négociée. »

La décision traduit un manque de respect, a avancé le syndicat des Métallos. « On sait que l’arrêt d’une partie des cuves augmente les coûts et le temps nécessaire à un redémarrage. C’est un manque flagrant de respect pour le processus de négociation, à deux jours de l’échéance fixée par Québec », a affirmé le président de la section locale 9700, Clément Masse.

M. Masse, qui était également président lors de la grève de 2004, a dit en entrevue avec divers médias que l’annonce de la fermeture de la moitié des cuves restantes signifie, selon lui, que l’usine n’est « probablement » pas rentable lorsqu’elle est exploitée de façon réduite par les cadres. Une centaine de non-syndiqués s’occupent actuellement de l’usine, a-t-il dit sur les ondes du 106,9 Mauricie (Cogeco).

On sait que l’arrêt d’une partie des cuves augmente les coûts et le temps nécessaire à un redémarrage. C’est un manque flagrant de respect pour le processus de négociation.

Lorsque les trois séries de cuves fonctionnent, la capacité de production annuelle est de 413 000 tonnes métriques. L’aluminerie ABI est le plus gros employeur de la région, et la réduction de production depuis le début du conflit de travail a entraîné des pertes de plus de 200 millions à Hydro-Québec, selon les Métallos.

Les parties ont convenu de ne pas négocier en public, mais au déclenchement du lockout, le régime de retraite et l’ancienneté dans les mouvements de personnel figuraient au nombre des enjeux.

« Le processus de médiation se poursuit. Les parties se rencontrent aujourd’hui [mercredi] avec l’aide du conseil de médiation, alors il n’y a pas de changement », a dit le député de Trois-Rivières, Jean Boulet, qui est également ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la région de la Mauricie.

M. Boulet, s’exprimant lors d’une brève mêlée de presse à l’Assemblée nationale, a ajouté que « le communiqué [de la compagnie] mentionne qu’elle veille à ce que les employés-cadres s’assurent que l’usine soit prête à un redémarrage ».

Le gouvernement Legault doit « s’assurer » que les parties en arrivent à une entente à la date butoir, a déclaré pour sa part le député libéral Jean Rousselle, porte-parole de l’opposition officielle en matière de travail.