La Fed fait fi des pressions de Trump et élève ses taux d'intérêt

Les marchés boursiers ont commencé à piquer du nez lorsque la banque centrale a annoncé la hausse du taux directeur. Ils ont accéléré leur descente au fur et à mesure que le président de la Fed, Jerome Powell, répondait aux questions des journalistes.
Photo: Mark Wilson / Getty Images / Agenc France-Presse Les marchés boursiers ont commencé à piquer du nez lorsque la banque centrale a annoncé la hausse du taux directeur. Ils ont accéléré leur descente au fur et à mesure que le président de la Fed, Jerome Powell, répondait aux questions des journalistes.

Se disant obligée, cette année, de s’adapter à une économie américaine qui ne s’est jamais si bien portée depuis la Grande Récession, la Réserve fédérale américaine a procédé, mercredi, à la quatrième hausse de ses taux d’intérêt en 2018. Mais elle signale du même souffle qu’elle en entrevoit désormais deux fois moins pour 2019.

La banque centrale américaine a relevé son taux directeur d’un quart de point de pourcentage pour le porter à l’intérieur de l’étroite fourchette entre 2,25 % et 2,50 %. Adoptée à l’unanimité par les dix membres votants du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), cette hausse était largement anticipée en dépit de l’opposition, tout aussi publique et répétée que contraire à la règle de non-ingérence, du président des États-Unis, Donald Trump, qui y voit un frein à sa propre conduite de l’économie.

Réaffirmant l’indépendance de son institution, le président de la Fed a répété en conférence de presse que la conduite de la politique monétaire dépendait strictement de la réalité économique et de son évolution en fonction des deux missions de la banque centrale, soit la poursuite du plein emploi et le maintien de l’inflation autour de la cible de 2 % par année. « Les considérations politiques ne jouent absolument aucun rôle » dans les décisions de la Fed, a martelé Jerome Powell, qui est en poste depuis moins d’un an, mais qui a déjà eu le temps de faire l’objet de plusieurs critiques directes de la part du locataire de la Maison-Blanche.

On sent que la Fed s’inquiète un peu plus de la vigueur de l’économie et veut éviter une politique trop restrictive

Or, « 2018 a été une année très forte, la plus forte depuis la crise financière » à tous les points de vue, a-t-il expliqué, en raison entre autres des baisses d’impôt et de la hausse des dépenses publiques de Donald Trump. Devant la baisse du chômage (aujourd’hui à 3,7 %), la hausse des salaires (environ 3 %) et la remontée de l’inflation tout près de sa cible (à 1,9 %), la Fed a jugé bon de relever d’un quart de point de pourcentage son taux directeur non pas trois fois, comme elle le prévoyait il y a un an, mais quatre. Cela le ramène « à la limite inférieure » de la zone qu’elle considère comme étant un taux neutre, c’est-à-dire qui n’agit ni comme un accélérateur ni comme un frein pour l’économie, et que les membres du FOMC situent aux alentours de 2,75 %.

Nuages à l’horizon

La prochaine année devrait être bonne aussi, a expliqué Jerome Powell, mais elle laisse entrevoir des difficultés, notamment du côté de l’économie mondiale. « Nous avons vu une évolution qui pourrait signaler un ralentissement par rapport à ce qu’on prévoyait il y a quelque mois », a-t-il dit. « Un durcissement des conditions financières observé au cours des deux derniers mois », avec notamment la chute du marché boursier, « couplé aux signes de croissance plus faible à l’étranger nous a conduits à réduire un peu la projection de croissance et d’inflation ».

En réponse aux questions des journalistes, le président de la Fed n’a pas nié que les nombreux conflits commerciaux déclenchés par Donald Trump, notamment avec la Chine, faisaient partie des nuages qui s’accumulent au-dessus de l’économie mondiale, au même titre que les difficiles négociations du Brexit et l’opposition entre le nouveau gouvernement italien et le reste de l’Union européenne.

Les membres du FOMC ont en effet révisé à la baisse leurs prévisions de croissance économique pour les États-Unis du mois de septembre de 2,5 % à 2,3 % pour 2019, comparativement à 3 % cette année, et pensent que ce rythme continuera de ralentir par la suite, à 2 % en 2020 et 1,8 % en 2021, jusqu’à revenir à un niveau plus normal. Pour les mêmes raisons, ils entrevoient aussi désormais deux autres hausses d’un quart de point de leur taux d’intérêt en 2019 plutôt que trois, comme ils le pensaient encore au début de l’automne.

« On sent que la Fed s’inquiète un peu plus de la vigueur de l’économie et veut éviter une politique trop restrictive », a observé dans une brève analyse l’économiste du Mouvement Desjardins Francis Généreux.

L’annonce n’a pas eu l’heur de plaire aux marchés financiers. S’attendant, semble-t-il, à plus de réserve de la part de la banque centrale quant aux chances de nouvelles hausses des taux d’intérêt l’an prochain, ils ont commencé à piquer du nez aussitôt sa décision annoncée et accéléré leur descente au fur et à mesure que Jerome Powell répondait aux questions des journalistes. En hausse de plus de 1 % avant l’annonce de la Fed, le S&P 500 a finalement perdu 1,5 % à Wall Street et bouclé la journée à son plus bas niveau depuis septembre 2017.

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