Une première depuis le 11 octobre 1990 - Le brut saute la barrière des 40 $US le baril

New York — Le pétrole brut a clôturé hier au-dessus des 40 $US le baril à New York, à son plus haut niveau depuis octobre 1990, la crainte d'attentats terroristes contre les installations pétrolières du Moyen-Orient éclipsant la promesse saoudienne d'augmenter la production.

Le baril a grimpé de 1,13 $US, à 40,06 $US, hier sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). Il avait atteint 40,15 $US quelques minutes avant la clôture.

C'est le niveau le plus élevé depuis le 11 octobre 1990, lorsque le baril avait clôturé au niveau record de 40,42 $US.

«Fondamentalement le marché a ignoré les commentaires de l'Arabie Saoudite. Ils n'ont eu qu'un effet très bref», a indiqué Fadel Gheit, analyste de Fahnestock and Company. «Ils [les Saoudiens] ont fait cela pour que le prix baisse mais ils ne font que tromper le monde», a-t-il affirmé.

Face à l'envolée des cours du pétrole à leur plus haut niveau depuis 14 ans et à une pluie de critiques, le chef de file de l'OPEP, l'Arabie Saoudite, avait opéré une volte-face en se prononçant lundi contre toute attente pour une forte hausse des quotas de production du cartel. Ces déclarations avaient fait perdre un dollar au cours du pétrole lundi.

Mais le marché «regarde la promesse saoudienne de mettre 1,5 million de barils par jour sur le marché et se dit que c'est exactement le volume du dépassement» déjà en vigueur du quota de production attribué à l'Arabie Saoudite par l'OPEP, a souligné Mike Fitzpatrick, analyste de Fimat.

Doté d'un quota officiel de 7,638 millions de barils par jour (mbj), Riyad produirait actuellement 8,5 mbj et pourrait fournir jusqu'à 10 mbj de pétrole.

Sabotage

Un deuxième acte de sabotage en 17 jours sur un oléoduc irakien a également contribué à la progression du brut, en illustrant la vulnérabilité des vastes installations pétrolières de ce pays. L'Irak a dit hier espérer rétablir rapidement ses exportations de brut, vitales pour son économie.

«L'attaque sur le pipeline à l'ouest de Bagdad alimente les inquiétudes sur une infrastructure pétrolière toujours vulnérable», a déclaré M. Fitzpatrick, qui estime entre six et huit dollars «la prime de sécurité» intégrée dans les cours.

Même le premier producteur mondial, l'Arabie Saoudite, n'est pas à l'abri, comme l'a montré une attaque terroriste contre l'important terminal pétrolier de Yanbu, qui avait fait dix morts le 1er mai, dont cinq Occidentaux.

Forte demande

Les craintes de perturbation des approvisionnements sont exacerbées par le fait que la consommation reste très soutenue, sans signe de relâchement prochain, alors que l'OPEP avait justifié sa décision récente de réduire l'offre par les perspectives d'une baisse de la demande à partir du deuxième semestre. «L'approvisionnement est sérieusement serré face à la demande», a affirmé Fadel Gheit. «La demande est forte, particulièrement pour l'essence, et elle va continuer à être forte. Elle vient de la Chine, du Japon, de l'Europe, des États-Unis.»

Toutefois, selon Bill O'Grady, analyste de la maison de courtage AG Edwards, elle pourrait bientôt commencer à diminuer. «Si la Fed commence à resserrer [sa politique monétaire] et d'autres banques centrales suivent, la combinaison de prix du pétrole plus élevés et de taux d'intérêt en hausse va certainement peser sur la demande» en provoquant un ralentissement éventuel de la croissance, prévoit-il. «Le problème est que nous sommes à un point où le marché a le sentiment qu'il n'y a pas de facteur fondamental susceptible de faire baisser les prix», a conclu M. O'Grady.