Ne plus savoir compter

Le pire serait-il passé en matière de mauvaises pratiques comptables chez les entreprises américaines?

Une récente étude de la firme de consultants Huron révèle en effet que le nombre de redressements comptables a légèrement diminué en 2003 aux États-Unis après quatre années de hausses consécutives.

Selon cette étude, le nombre d'entreprises qui ont été forcées de corriger d'anciens états financiers (voir graphique) est graduellement monté de 216 en 1999 à un sommet historique de 330 en 2002 avant de fléchir légèrement à 323 l'année suivante. Pour certains observateurs, cette baisse reflète l'assainissement progressif des livres comptables des entreprises à la suite de l'éclatement des scandales d'Enron ou de WorldCom.

Les auteurs de l'enquête soulignent toutefois que ces chiffres montrent surtout un recul du nombre de rapports trimestriels ayant fait l'objet de corrections et une hausse, forte et continue, des révisions comptables de rapports annuels. Le phénomène est préoccupant, disent ces analystes, car les états financiers annuels sont justement censés être ceux qui ont fait l'objet des processus de vérification et de certification les plus rigoureux.

Les causes changent

Les causes de ces révisions comptables tendraient également à changer (voir autre graphique). Au cours des cinq dernières années, elles ont en effet été attribuables au premier chef à de mauvaises évaluations des revenus (19 %). Celles-ci pouvaient par exemple prendre la forme d'une ventilation douteuse des contrats dans le temps. La réduction du nombre d'erreurs en 2003 en cette matière tient sans doute en partie à un resserrement des règles de la SEC.

En 2003, c'est toutefois l'appréciation des réserves et provisions qui a le plus fait défaut (17 %) chez les compagnies fautives. On retrouve dans cette catégorie les cas d'évaluation des comptes à recevoir ainsi que les radiations d'actifs auxquelles tellement d'entreprises ont eu recours à la suite du dernier effondrement boursier en vertu de leur obligation de rajuster la valeur comptable de leurs avoirs en fonction de leur valeur marchande.

«C'est la partie la plus subjective des états financiers d'une entreprise, explique la firme Huron. Ces révisions ne tiennent pas simplement à de nouvelles estimations mais plutôt à des erreurs factuelles, à de la fraude ou encore à une mauvaise application des règles comptables.»

Une autre cause de rajustements comptables, de plus en plus courante en 2003, tenait à la valeur de l'avoir des actionnaires (15,7 %). On ne s'étonnera pas d'apprendre que c'est dans cette catégorie qu'on retrouve notamment la comptabilisation des options d'achat d'actions.

Reste la catégorie de la capitalisation et des achats d'actif, où des compagnies ont essayé de faire passer des dépenses de fonctionnement pour des investissements de manière à pouvoir en étendre l'amortissement sur 20 ans, ainsi que la catégorie des inventaires, où il arrive que des entreprises ne sachent plus compter.