L'industrie de l'aérospatiale fait appel à Jean Charest

Les travaux de Vision 2025 mèneront à une série de recom­mandations qui devraient être publiées au mois de mars.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les travaux de Vision 2025 mèneront à une série de recom­mandations qui devraient être publiées au mois de mars.

L’industrie canadienne de l’aérospatiale souhaite que les travaux de réflexion sur son avenir aient un impact sur les plateformes des partis politiques en vue de l’élection fédérale de 2019, affirme l’ex-premier ministre québécois Jean Charest.

Le secteur s’inquiète notamment du fait que « les politiques publiques ne sont pas structurées de manière à soutenir l’industrie à long terme », a déclaré en entrevue M. Charest, chargé par l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC) de coordonner un dialogue entre les entreprises, les gouvernements et la société civile au cours des prochains mois.

L’initiative « Vision 2025 » prévoit entre autres que M. Charest visitera cinq villes pour rencontrer différents acteurs. Après un premier événement à Toronto lundi, il dirigera une réunion demain à Montréal.

L’AIAC a approché l’ex-politicien après l’annonce du gouvernement fédéral, dans le dernier budget du ministre des Finances Bill Morneau, dévoilant l’identité des cinq « supergrappes » d’innovation. Si Ottawa peut apporter des soutiens financiers ponctuels à différents acteurs, il n’a pas retenu l’aérospatiale dans ce groupe sélect. Les membres de cette industrie s’attendaient pourtant à en faire partie, a dit M. Charest, « compte tenu de l’importance du secteur au Canada ».

Nous voulons déposer des recommandations qui vont inspirer les programmes des partis politiques fédéraux

Les entreprises aérospatiales se sont alors dit qu’il fallait procéder « à une remise à niveau » des politiques d’appui, a poursuivi M. Charest. « Il y a une vive inquiétude dans l’industrie sur son avenir. Ils ont le sentiment que le gouvernement du Canada, en particulier, n’a pas de vision à long terme. »

Les travaux de Vision 2025 mèneront à une série de recommandations qui devraient être publiées au mois de mars, après le prochain budget du ministre Morneau. « Nous voulons déposer des recommandations qui vont inspirer les programmes des partis politiques fédéraux », a dit M. Charest.

Jean Charest

L’industrie aérospatiale du Canada met souvent en avant le fait qu’elle se trouve au cinquième rang mondial et qu’elle procure de l’emploi à environ 190 000 personnes et contribue pour 25 milliards à l’économie du pays.

Dans le domaine manufacturier, qui compte pour les deux tiers de l’activité économique de l’industrie, 52 % des emplois se trouvent au Québec, comparativement à 28 % en Ontario, selon une récente étude d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada. Dans le secteur de l’entretien et de la réparation, 43 % des emplois sont dans l’Ouest, suivi de l’Ontario et du Québec.

Au Québec, le secteur gravite autour de grands joueurs comme Bombardier, CAE et Bell Helicopter, mais il repose aussi sur une constellation de fournisseurs en pièces et services. La majorité de ce que produit le secteur est exportée. Selon les documents du gouvernement québécois, l’aéronautique a représenté 11,4 % des exportations du Québec en 2016, suivie des « appareils et engins mécaniques » et de l’aluminium.

À certains égards, les provinces ont en quelque sort pris le relais du fédéral après que celui-ci eut commencé à « se délester » des programmes de soutien dans les années 1990. « Le gouvernement fédéral avait autrefois des programmes ciblés sur le secteur, mais ce n’est plus le cas », selon M. Charest. « C’est devenu un seul grand programme qui est ouvert à tout le monde, et ça envoie le signal que l’aéronautique est traitée de manière générale comme juste un autre secteur industriel, alors que ce n’est pas le cas, pas du tout. »

Ceci dit, le secteur aéronautique ne pourra pas se contenter de rejeter sur d’autres les problèmes qu’il dit traverser. « Il va falloir aussi que l’industrie dise ce qu’elle est prête à faire, elle-même, et les efforts qu’elle fera pour continuer à être un champion canadien du secteur industriel », a reconnu M. Charest.