Faillites: bond de l’insolvabilité

Au cumul, pour les 10 premiers mois de 2018, le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs a connu une augmentation de 1,5% par rapport aux dix premiers mois de 2017.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Au cumul, pour les 10 premiers mois de 2018, le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs a connu une augmentation de 1,5% par rapport aux dix premiers mois de 2017.

Les statistiques sur l’insolvabilité au Canada ont fait un bond ressenti en octobre. Les syndics y voient les premiers signes des conséquences de la remontée des taux d’intérêt.

Les données d’octobre du Bureau du surintendant des faillites (BSF) marquent une cassure par rapport au schéma prévalant depuis le début de 2017. À 11 641, le nombre de dossiers d’insolvabilité des consommateurs à l’échelle canadienne a bondi de 16,4 % par rapport à septembre, et de 9,2 % sur un an. Ce saut apporte du contraste à une moyenne mensuelle qui, jusque-là, se situait à 10 374 dossiers en 2018, en hausse de 1,3 % comparativement à la moyenne mensuelle des neuf premiers mois de 2017.

Au cumul, pour les 10 premiers mois, le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs est de 124 373, une augmentation de 1,5 % par rapport aux dix premiers mois de 2017. Le nombre de faillites est en recul de 5,7 %, mais les propositions sont en hausse de 8,1 %.

On s’attend à ce que le nombre de dossiers d’insolvabilité de consommateurs continue de grimper en 2019 et par la suite

Chantal Gingras, présidente de l’Association canadienne de professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation au Canada (ACPIR), voit dans ce saut d’octobre une première manifestation des effets de la remontée du loyer de l’argent, amorcée par la Banque du Canada en juillet 2017.

Elle « commence à se refléter dans le nombre de Canadiens insolvables qui déposent un dossier de faillite ou une proposition », écrit-elle dans un communiqué.

Décalage de deux ans

Mme Gingras fait référence à une analyse récente de l’Association, qui représente près de 1500 syndics et associés au Canada. On y observe généralement un décalage de deux ans entre le début de la hausse des taux d’intérêt et celui de l’augmentation du nombre de dossiers d’insolvabilité de consommateurs. « Par exemple, les hausses successives des taux d’intérêt de 1996 à 2000 y étaient pour beaucoup dans l’augmentation de 22 % du nombre de dossiers d’insolvabilité de consommateurs déposés annuellement entre 1998 et 2003. De même, leur hausse entre 2004 et 2006 a fait grimper de 54 % le nombre de dossiers entre 2006 et 2009. »

Sur cette base, « on s’attend à ce que le nombre de dossiers d’insolvabilité de consommateurs continue de grimper en 2019 et par la suite », souligne la présidente de l’ACPIR.

Selon les données du BSF, le saut d’octobre est plus musclé en Colombie-Britannique (+19,7 % sur un an), en Saskatchewan (+15,6 %) et en Alberta (+12,3 %). Au Québec, il se chiffre à 9,8 % comparativement à octobre 2017, mais à 17,4 % par rapport à septembre. Sur dix mois, avec 42 025 dossiers, l’augmentation est de 0,9 %, avec des faillites en baisse de 6,1 % et des propositions en hausse de 9,4 %.