Les investisseurs institutionnels se dotent d’un plan d’action sur la transition énergétique juste

Selon les données de l’Organisation internationale du travail, 1,2 milliard d’emplois sont directement liés aux changements climatiques. La phase de transition pourrait entraîner la perte de 6 millions d’emplois dans le monde, mais en créer 24 millions.
Photo: Dake Kang Associated Press Selon les données de l’Organisation internationale du travail, 1,2 milliard d’emplois sont directement liés aux changements climatiques. La phase de transition pourrait entraîner la perte de 6 millions d’emplois dans le monde, mais en créer 24 millions.

Une centaine d’investisseurs institutionnels, abritant près de 5000 milliards $US d’actif sous gestion, sont signataires du premier plan d’action sur la transition énergétique juste. Seul partenaire canadien au projet, le Fonds de solidarité FTQ profitera de sa présence à la COP24 pour solliciter de nouvelles adhésions.

Quoi que l’on fasse, la transition énergétique va arriver. La manifestation des « Gilets jaunes » en France est une illustration d’une réaction violente devant un changement nécessaire lorsque cette transition est mal gérée, lorsqu’elle se fait au détriment des gens, souligne Mario Tremblay. Le vice-président aux affaires publiques et corporatives du Fonds de solidarité FTQ s’inspire aussi de tous ces laissés pour compte dans le charbon ou encore dans le « Rust Belt » ayant soutenu l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. « La transition énergétique se doit d’être humainement gérée, dans le respect de la communauté et des travailleurs. »

En juin dernier, le Fonds de solidarité, avec son modèle d’intervention et son rapport social à l’économie québécoise, devenait la seule institution canadienne à faire partie d’un comité consultatif mondial sur les enjeux liés à la transition énergétique juste. L’initiative est venue de la London School of Economics et de la Harvard Kennedy School. Le projet avait pour objectif de concevoir des outils et de proposer des stratégies et un plan d’action aux investisseurs institutionnels et aux gestionnaires de portefeuille. Le rapport est teminé et sera présenté à la COP24.

Les investisseurs institutionnels sont toujours plus nombreux à être sensibles à cette transition inclusive, mais ils se demandaient ce qui peut être fait et comment. Le rapport de 32 pages s’articule autour d’un constat et d’un plan d’action à cinq leviers. Une centaine d’investisseurs institutionnels, revendiquant près de 5000 milliards d’actif sous gestion, en sont les premiers signataires, mais l’on souhaite une plus grande adhésion, qui repose sur un engagement concret. « Pour notre part, nous allons approcher nos collègues du Québec et du Canada adhérant aux principes d’investissement responsable », ajoute Mario Tremblay.

Au risque lié à la carbonisation des portefeuilles s’ajoute celui de la non-acceptabilité sociale de la transition énergétique. « Le devoir fiduciaire du gestionnaire s’élargit au changement climatique et il déborde du strict point de vue du rendement pour s’étendre à celui de la stabilité sociale. Cela nécessite une vision holistique. » Au pourquoi, le rapport répond aussi au « que faire ». Le plan repose sur un engagement autour de cinq leviers d’action. Il englobe les stratégies d’investissement, l’allocation de l’actif, l’engagement des entreprises, la formation et l’évaluation-révision des façons de faire.

Selon les données de l’Organisation internationale du travail, 1,2 milliard d’emplois sont directement liés aux changements climatiques. La phase de transition pourrait entraîner la perte de 6 millions d’emplois dans le monde, mais en créer 24 millions. « L’effet net peut être positif, mais il faut pour cela que la transition soit bien gérée. Ce n’est pas que l’affaire du politique. Les institutionnels disposent des capitaux pour exercer une influence », a résumé Mario Tremblay la veille de son départ pour la Pologne.

Le Fonds FTQ intègre un nouvel indice

Le Fonds de solidarité FTQ devient le premier investisseur à s’en remettre à un nouvel indice regroupant les critères ESG et de faible intensité en carbone, conçu à la demande de l’institution québécoise. « Le Fonds de solidarité FTQ était à la recherche d’un indice de référence qui intégrait à la fois des facteurs ESG et de faible intensité en carbone, et MSCI a su concevoir un tel indice », explique Mario Tremblay. L’indice MSCI World Low Carbon ESG Target Screened Index s’appliquera à la gestion d’un portefeuille de 1,3 milliard. Il contribuera à l’engagement qu’a pris le Fonds de réduire de 25 % l’empreinte carbone de ses investissements dans des entreprises cotées d’ici 2025.

Fondé sur l’indice mondial MSCI, le MSCI World Low Carbon ESG Target Screened Index se compose d’actions de sociétés à grande et à moyenne capitalisation de 23 pays à marchés développés. La méthodologie de base repose sur la réduction de l’empreinte carbone, y compris les exclusions standards d’actions de sociétés des secteurs du tabac, des armes controversées et du charbon thermique et de sociétés exclues à cause d’enjeux particuliers, à laquelle s’ajoute une composante d’amélioration de la cote ESG, explique-t-on. Le nouvel indice « intègre une évaluation complète des sociétés sur les plans environnementaux, sociaux et de gouvernance dans le processus de conception d’un indice unique. L’objectif de cet indice est de réduire d’au moins 70 % l’exposition au carbone, en comparaison au MSCI World Index Standard ».