La Banque du Canada remet à plus tard la prochaine hausse de taux

La Banque du Cnaada se promet notamment de suivre de près l’impact du resserrement des règles hypothécaires au pays ainsi que de sa propre remontée des taux d’intérêt des derniers mois sur les dépenses des ménages et le logement.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La Banque du Cnaada se promet notamment de suivre de près l’impact du resserrement des règles hypothécaires au pays ainsi que de sa propre remontée des taux d’intérêt des derniers mois sur les dépenses des ménages et le logement.

La Banque du Canada a soudainement des doutes sur la solidité de l’économie et semble vouloir se laisser plus de temps pour décider du moment de ses prochaines hausses de taux d’intérêt.

Comme en étaient désormais convaincus les analystes et les marchés depuis quelques jours, la banque centrale canadienne a laissé inchangé son taux directeur à 1,75 % mercredi. Si sa décision n’a étonné personne, les nombreux doutes qu’elle a exprimés, notamment sur l’impact de ses propres hausses de taux précédentes, sur l’avenir du secteur pétrolier, sur la vigueur de l’économie mondiale et sur la tournure des conflits commerciaux, trahissent une nouvelle hésitation sur la suite du resserrement prévu de sa politique monétaire.

« C’est fou comment les choses peuvent changer en six semaines », a commenté l’économiste de la Banque Royale Josh Nye dans une analyse. À la fin du mois d’octobre, la Banque du Canada relevait pour une troisième fois cette année le taux d’intérêt à court terme qu’elle accorde aux banques et qui sert, à ces dernières, de référence à la fixation de leurs propres taux préférentiels. Le bel entrain des consommateurs, l’approche de l’économie des limites de sa capacité de croissance, mais surtout la levée d’une pesante incertitude avec la conclusion d’une entente dans la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) l’avaient amenée à laisser entendre que son taux directeur pourrait revenir plus rapidement que prévu à son point neutre, qu’elle estime entre 2,5 % et 3,5 %. On pensait même que sa prochaine hausse pouvait être pour mercredi.

Les dernières données sur l’économie canadienne laissent toutefois voir « un dynamisme moins prononcé au début du quatrième trimestre », a admis dans son bref communiqué l’institution dirigée par le gouverneur Stephen Poloz. Cela est notamment attribuable à des prix du pétrole qui « ont fortement baissé » depuis le mois d’octobre, sous le coup du ralentissement de la croissance mondiale, du contexte géopolitique et de la surproduction de pétrole de schiste aux États-Unis, qui viennent aggraver la situation des producteurs canadiens déjà aux prises avec des coûts de transport et des réserves excédentaires qui plombent leurs revenus.

On sent également que les conflits commerciaux et l’incertitude qu’ils soulèvent « pèsent davantage », non seulement sur la croissance mondiale, mais aussi sur l’investissement des entreprises au pays, poursuit la Banque du Canada. Elle ne perd toutefois pas espoir de voir ces investissements « se raffermir » à la faveur de la signature, la semaine dernière, de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), des nouvelles mesures fiscales annoncées par le gouvernement fédéral le mois dernier et de l’atteinte des limites de la capacité de production des entreprises.

Quelques jours seulement après le dévoilement de statistiques rapportant un tassement de la croissance économique canadienne au troisième trimestre en raison du recul de la consommation et d’une diminution marquée de l’investissement résidentiel, la Banque se promet aussi de suivre de près l’impact du resserrement des règles hypothécaires au Canada ainsi que de sa propre remontée des taux d’intérêt des derniers mois sur les dépenses des ménages et le logement.

L’économiste de la Banque de Montréal Benjamin Reitzes n’est plus si sûr soudainement que la banque centrale remontera son taux directeur d’un autre cran à sa prochaine réunion prévue le 9 janvier. « Les probabilités sont au mieux de 50-50. [Le chemin vers le retour à un taux d’intérêt neutre] est manifestement devenu beaucoup plus incertain qu’il y a quelques mois seulement. »

Son confrère du Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher est plus affirmatif. « Visiblement, la pause devra se poursuivre quelques mois, le temps de bien évaluer l’évolution des différents risques. »

Tous les analystes se promettaient d’écouter attentivement le discours de Stephen Poloz prévu jeudi pour plus d’indices.