Les camionneurs de Métro perdent contre leur syndicat

La sentence est tombée, 11 ans plus tard, pour les camionneurs de Métro. Cinq d'entre eux, constituant autant de poursuites intentées contre leur syndicat pour représentation inadéquate, viennent d'être déboutés par la Cour supérieure du Québec. Ces employés de l'ex-Steinberg, eux-mêmes poursuivis par leur syndicat, peuvent toutefois se consoler à l'idée que le tribunal aura également rejeté le recours intenté contre eux.

Cette longue saga remontant à 1993, et opposant des camionneurs de l'ex-Steinberg à leur syndicat affilié à la CSN, vient donc de connaître un dénouement majeur. «La déception est incommensurable, a lancé le procureur des cinq camionneurs, Daniel Caisse (du cabinet Caisse & Richard). C'est une surprise pour nous. Nous allons nous positionner pour savoir si l'on va ou non en appeler. Et, le cas échéant, lequel ou lesquels des dossiers seront portés en appel.» Les demandeurs «sont extrêmement désappointés», a-t-il ajouté, tout en citant l'un d'eux, Claude Corbeil, en exemple: «Il n'y a pas un humain qui peut imaginer ce qu'il a subi.»

Pour l'avocat du Syndicat des travailleurs des Épiciers unis Métro-Richelieu, Edward Kravitz, «le juge a constaté la réalité». Il retient des décisions rendues le 5 mai dernier qu'il y a absence de preuves de négligence dans les cinq poursuites, déposées en février 2001. «Au contraire, le juge s'est rendu à notre argumentaire. Il a reconnu que le syndicat avait fait un bon travail et qu'il avait bien défendu ses membres», a-t-il renchéri, citant au passage deux chapitres de la décision.

En réplique, ce syndicat affilié à la CSN avait intenté un recours contre les cinq camionneurs. Dans sa requête déposée en décembre 2001, l'organisation syndicale a allégué un abus de droit. Même si le tribunal a reconnu que les prétentions des cinq demandeurs dans leur cause respective étaient basées sur des faits inexacts et faux, le syndicat n'a pu faire la preuve qu'il y avait eu mauvaise foi.

En 1993

Ces jugements représentent l'aboutissement de litiges dont l'origine remonte à 1993. Métro se portait alors acquéreur de certains éléments d'actif de Steinberg. Cette transaction avait donné naissance à une querelle qui aura duré cinq ans et qui a abouti à une entente de règlement conclue en 1998 entre le géant alimentaire et le syndicat représentant les camionneurs. Il a été allégué que 71 des 136 camionneurs alors visés par cette entente auraient manifesté leur insatisfaction une fois connue la somme qui leur était attribuée.

Cinq d'entre eux ont déposé une poursuite contre leur syndicat, pour des réclamations totales se chiffrant au départ à 2,7 millions. Il était soutenu que cette entente conclue entre Métro et la CSN avait été soumise au vote des camionneurs concernés, mais que ces derniers étaient appelés à voter favorablement sans avoir pu prendre, préalablement, connaissance du montant du dédommagement qui leur était alloué. Ils soutenaient également que les montants consentis ne représentaient qu'une fraction du montant de l'indemnité que leur syndicat leur reconnaissait avant le vote.