Scandales financiers - Citigroup est poursuivi par son passé

New York — Citigroup, premier groupe bancaire du monde, est poursuivi par son passé récent d'implication dans les plus gros scandales financiers américains comme Enron ou WorldCom, et doit provisionner des milliards de dollars pour dédommager les actionnaires victimes des fraudes.

Citigroup a annoncé hier sa décision d'inscrire dans ses comptes du deuxième trimestre une provision nette de 4,95 milliards $US, soit presque l'équivalent de son dernier bénéfice trimestriel, afin de faire face à une inflation des règlements de plaintes en justice contre lui.

Dédommagement

Outre le côté préventif — le groupe augmente à 6,7 milliards ses réserves dites de «litiges» —, cette provision s'explique par l'impact financier du dédommagement des porteurs d'actions et d'obligations WorldCom, floués par la faillite retentissante de l'opérateur téléphonique à l'été 2002. En acceptant de leur verser 2,65 milliards (soit 1,46 milliard après impôts), Citigroup reconnaît implicitement les mensonges de son département recherche qui, entre avril 1999 et juin 2002, a publié des notes passant volontairement sous silence la réalité des finances de WorldCom, artificiellement redorées par des manipulations comptables.

Jack Grubman, qui couvrait le secteur des télécoms pour Salomon Smith Barney (SSB), la banque d'affaires de Citigroup, est sans doute l'analyste qui a le plus incarné ces dérives, sévèrement sanctionnées fin 2002 par le ministre de la Justice de l'État de New York, Eliot Spitzer. À l'époque, Citigroup avait accepté de payer pour SSB quelque 400 millions, soit la plus forte des sommes exigées (1,4 milliard au total) dans le cadre de cet accord soldant des années d'analyses financières biaisées par une dizaine de grands courtiers de Wall Street.

«Nous savions que le montant du règlement avec les investisseurs allait être supérieur [à celui versé aux autorités], mais nous sommes surpris de voir à quel point il l'est», a commenté Tanya Azarchs, analyste de Standard and Poor's. «Il s'agit du deuxième plus gros règlement à l'amiable de l'histoire pour une plainte de détenteurs de titres de placement, et le plus gros montant jamais obtenu par une partie qui ne soit pas l'entreprise émettrice de ces titres», a indiqué de son côté Alan Hevesi, le contrôleur des finances de l'État de New York.

C'est avec ce dernier que l'accord a été négocié «vite [...], dans le meilleur intérêt de tous», a dit le p.-d.g. de Citigroup, Charles Prince. En soldant une plainte en nom collectif avant l'étape procès, il s'épargne la perspective d'une amende encore plus lourde. «Il résulte de cet accord que nous évaluons désormais mieux ce que peut être notre exposition dans le dossier Enron et dans d'autres litiges [...] et nous avons donc ajusté nos réserves en conséquence», a ajouté M. Prince.

Amende astronomique

Selon les analystes, le montant astronomique de l'amende à laquelle Citigroup s'estime exposé dans l'affaire Enron est la deuxième grosse surprise. Citigroup augmente ses réserves «litiges» à 6,7 milliards, alors qu'en décembre 2002, il n'avait provisionné, pour les mêmes raisons, que 1,5 milliard, a rappelé Mme Azarchs.

Selon elle, une dizaine de banques devront répondre, aux côtés de Citigroup, d'accusations de complicité dans la faillite du courtier en énergie Enron, lors d'un procès en 2006.

Des répliques des séismes Enron ou WorldCom sont donc encore à redouter pour le secteur bancaire, et le cas de JP Morgan Chase est considéré comme un des plus inquiétants. En juillet 2003, cette banque avait réglé aux autorités boursières une amende légèrement supérieure à celle de Citigroup pour son rôle dans l'affaire Enron. Or elle ne détient pour l'instant que 500 millions de dollars de réserves «litiges», a noté un analyste.