Les prix du pétrole cèdent près d'un dollar américain

Londres — Les prix du pétrole ont cédé un dollar hier après avoir atteint leur plus haut niveau depuis près de 14 ans la semaine dernière, des déclarations saoudiennes en faveur d'une hausse de la production de l'OPEP en juin ayant rassuré le marché.

«Les prix du pétrole brut ont baissé de façon assez brutale après l'annonce que l'Arabie Saoudite soutient une très large augmentation des quotas officiels de production de l'OPEP», l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, explique Kevin Norrish, analyste à la banque Barclays Capital.

À New York, le prix du baril, qui avait touché le seuil des 40 $US vendredi, soit son plus haut niveau depuis octobre 1990, perdait un dollar à 38,93 $US.

Volte-face

Le chef de file de l'OPEP, l'Arabie Saoudite, a opéré une volte-face en se prononçant hier pour une forte hausse des quotas de production du cartel. «Le royaume pense qu'il est essentiel de relever le plafond de production de l'OPEP pour maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande [...]. Nous estimons que cette augmentation devrait être d'au moins 1,5 million» de barils par jour (mbj), a déclaré le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, dans un communiqué.

«C'est une surprise, c'est pourquoi la réaction des prix du pétrole a été si forte», note Steve Turner, analyste à la Commerzbank. «Cela montre en fait que les Saoudiens se soucient au niveau très élevé des prix du pétrole», souligne-t-il. «Ce n'était certainement pas clair en mars lorsqu'ils avaient forcé le reste des pays de l'OPEP à réduire leur production au 1er avril alors que les cours étaient déjà très fermes», remarque l'analyste.

L'OPEP avait convenu en mars de réduire de un mbj son plafond de production à 23,5 mbj à partir du 1er avril. L'Arabie avait alors poussé vers la réduction, malgré les pressions des États-Unis de surseoir à cette mesure. Mais en raison de la fermeté des cours, le cartel n'a pas respecté cette décision et continué de produire bien au-delà du plafond officiel.

«Le fait que le Koweït, l'Iran et les Émirats arabes unis se sont aussi prononcés pour une hausse de la production est important, car cela prouve que ce ne sont pas juste des paroles en l'air des Saoudiens», relève encore M. Turner.

L'Arabie Saoudite est le seul pays au sein de l'OPEP à disposer d'une réelle capacité de production supplémentaire, rappellent toutefois les analystes: doté d'un quota officiel de 7,638 mbj, Riyad produirait actuellement 8,5 mbj et pourrait fournir jusqu'à 10 mbj de pétrole.

La prochaine réunion de l'OPEP est prévue le 3 juin à Beyrouth, mais les producteurs devraient déjà aborder la question d'une hausse de la production lors d'une rencontre informelle en marge d'un sommet sur l'énergie du 22 au 24 mai à Amsterdam.

Quant à l'autre événement clef de la journée — le sabotage d'un oléoduc en Irak qui a réduit de moitié les exportations de brut à partir du terminal de Bassora dans le sud —, il a échoué à pousser les prix à la hausse, remarque Kevin Norrish. Cela signale probablement qu'une période de consolidation «est nécessaire avant que les cours puissent repartir à la hausse», estime-t-il.

Pour M. Turner, qui juge que ce sabotage a été l'un des facteurs poussant l'OPEP à intervenir, les prix ne devraient pas s'effondrer et pourraient même décoller à nouveau.

«Nous avons toujours la pénurie d'essence aux États-Unis, contre laquelle l'OPEP ne peut pas faire grand-chose», étant donné qu'elle s'explique principalement par des défaillances dans les raffineries américaines, note-t-il. «Le risque de perturbation de la production par des actes terroristes est toujours présent», remarque-t-il enfin.