La croissance des salaires au plus bas depuis la crise de 2008

Le rapport montre que les explications traditionnelles, comme les différences de niveau d’éducation entre hommes et femmes qui occupent un emploi salarié, jouent un rôle limité pour expliquer les écarts de rémunération.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Le rapport montre que les explications traditionnelles, comme les différences de niveau d’éducation entre hommes et femmes qui occupent un emploi salarié, jouent un rôle limité pour expliquer les écarts de rémunération.

La croissance des salaires dans le monde, l’an dernier, n’a jamais été aussi faible depuis la crise financière de 2008, et ce, malgré la reprise économique dans les pays riches, a déploré lundi l’Organisation internationale du travail (OIT).

Dans un rapport sur les salaires dans le monde, l’OIT constate aussi que les écarts de rémunération entre les sexes persistent à un niveau « inacceptable », les femmes continuant d’être payées approximativement 20 % de moins que les hommes, alors que la problématique de l’égalité entre hommes et femmes occupe une grande place dans les débats publics.

Selon ce rapport de l’OIT, une agence de l’ONU, la croissance mondiale des salaires réels (corrigés de l’inflation) a ralenti l’an dernier, passant de 2,4 % en 2016 à 1,8 % en 2017, son taux le plus bas depuis 2008. En excluant les chiffres de la Chine, dont la forte population et la croissance salariale rapide ont un fort impact sur la moyenne mondiale, le taux de croissance des salaires réels à l’échelle mondiale est tombé de 1,8 % en 2016 à 1,1 % en 2017.

Dans les pays émergents ou en développement du G20, ce taux reste soutenu bien qu’ayant fléchi, atteignant 4,3 % en 2017 contre 4,9 % en 2016 et 2,9 % en 2015. Dans les pays avancés du G20, l’OIT a observé un ralentissement de la croissance salariale malgré la reprise économique et la baisse du chômage, la croissance des salaires réels stagnant à + 0,04 % en 2017 (+ 0,9 % en 2016 et + 1,7 % en 2015).

« Il est déroutant d’observer que, dans les économies à haut revenu, la lente croissance des salaires coexiste avec la reprise de la croissance du PIB et la baisse du chômage. D’après les premières indications, cette faible croissance salariale devrait perdurer en 2018 », a déclaré le directeur général de l’OIT, Guy Ryder.

Il est déroutant d’observer que dans les économies à haut revenu, la lente croissance des salaires coexiste avec la reprise de la croissance du PIB et la baisse du chômage

En Europe (à l’exclusion de l’Europe orientale, où la croissance des salaires réels a bondi à 5 % l’an dernier, contre +2,8 % en 2016), elle est devenue quasi nulle en 2017 (contre +1,3 % en 2016 et +1,6 % en 2015). La croissance des salaires réels aux États-Unis a aussi reculé ces dernières années, passant de 2,2 % en 2015 à 0,7 % en 2016 et 2017.

En pleine vague #MeToo, le rapport de l’OIT s’intéresse de près aux écarts de rémunération hommes-femmes qui, pour M. Ryder, représentent « une des plus grandes manifestations d’injustice sociale. Il y a très clairement une pénalité à la maternité pour les femmes. À l’inverse, il existe une prime à la paternité : les hommes avec de jeunes enfants réussissent mieux » en matière de salaires que les mères, s’est scandalisé M. Ryder en conférence de presse.

20 %
Les femmes continuent d’être payées un cinquième de moins que les hommes, selon un rapport de l’Organisation internationale du travail sur les salaires dans le monde.

Injustice sociale

« L’écart de rémunération entre les sexes reste un phénomène largement inexpliqué qui, dans une certaine mesure, est lié aux préjugés et aux stéréotypes » et à d’autres facteurs qui ne peuvent pas s’expliquer par des différences de productivité entre hommes et femmes, a expliqué aux médias Rosalia Vazquez-Alvarez, une des auteurs du rapport.

Fait marquant, le rapport montre que les explications traditionnelles, comme les différences de niveau d’éducation entre hommes et femmes qui occupent un emploi salarié, jouent un rôle limité pour expliquer les écarts de rémunération. « Dans de nombreux pays, les femmes sont plus éduquées que les hommes, mais touchent des salaires inférieurs, même lorsqu’elles travaillent dans les mêmes catégories professionnelles », selon Mme Vazquez-Alvarez.

Dans les pays à revenu élevé, c’est dans la partie haute de l’échelle des salaires que l’écart de rémunération entre les sexes est le plus grand. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, cette différence est plus forte parmi les personnes les moins bien rémunérées.