Le Canada devra choisir ses amis économiques

L’opposition commerciale entre les États-Unis et la Chine n’est que le début d’un fractionnement de l’économie mondiale.
Photo: Stringer Agence France-Presse L’opposition commerciale entre les États-Unis et la Chine n’est que le début d’un fractionnement de l’économie mondiale.

Les tensions commerciales des derniers mois entre les États-Unis et la Chine ne sont que le début d’une opposition grandissante qui provoquera un fractionnement de l’économie mondiale et obligera le Canada à choisir ses partenaires avec circonspection, prédisent des économistes.

Tous les yeux du monde économique seront tournés vers la rencontre prévue entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping lors sommet du G20 à Buenos Aires, en Argentine, vendredi et samedi prochains, a raconté le chef des placements global chez Fiera Capital, François Bourdon, lors d’un panel sur les perspectives économiques mondiales organisé vendredi par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). À en croire les rumeurs, les dirigeants américains et chinois chercheraient le moyen de mettre en veilleuse l’escalade des tarifs douaniers dans laquelle Washington a engagé les deux pays depuis le début de l’année.

Une trêve s’impose parce que les deux pays sont encore tellement étroitement liés que chaque attaque que l’un lance contre l’autre finit immanquablement par revenir le frapper en retour, a expliqué l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, assis à côté de lui. Mais la rivalité entre les deux superpuissances semble bien être là pour durer.

« Séparation des continents »

« À court terme, il y aura une trêve, mais à moyen terme, on doit s’attendre à un divorce, ou plutôt à une indépendance grandissante qui aura un impact fondamental sur l’économie mondiale, avec, d’ici cinq ans, une divergence très importante dans les flux commerciaux », a fait valoir le troisième participant au panel, Stéfane Marion, économiste et stratège en chef de la Banque Nationale. « Depuis 2001, on a connu un phénomène de globalisation, mais cela se transformera en phénomène de séparation, de morcellement, en différents pôles d’influence. »

Cette évolution ne manquera pas d’avoir des conséquences majeures sur le Canada, dont l’économie dépend tellement du commerce. Le protectionnisme de Donald Trump semble bien avoir « ouvert les yeux » d’Ottawa, qui multiplie désormais les projets d’accords de libre-échange avec d’autres pays afin de réduire sa dépendance commerciale à l’égard des États-Unis, se réjouit François Dupuis.

Toutefois, « il sera beaucoup plus complexe pour le Canada de vouloir faire affaire avec tout le monde autour de la planète », martèle Stéfane Marion, qui insiste sur cette nouvelle tendance au fractionnement de l’économie mondiale. Il cite l’exemple de cette clause imposée par Washington dans le nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) où l’on se réserve le droit de se retirer de l’entente si l’un des membres entreprend des négociations avec un tiers pays qui n’aurait pas une économie de marché (sous-entendue la Chine), ou de cette nouvelle du Wall Street Journal rapportant que le gouvernement américain fait pression sur ses alliés pour les dissuader d’utiliser les équipements du chinois Huawei au nom de la défense de la sécurité américaine. « Ce processus de séparation des continents ne se fera pas du jour au lendemain, mais il va nous obliger à bien choisir nos amis et nos alliances. »

Il sera beaucoup plus complexe pour le Canada de vouloir faire affaire avec tout le monde autour de la planète

Avenir incertain

Ces tensions commerciales et géopolitiques arrivent alors qu’on se demande de plus en plus si la période de croissance économique en cours depuis la fin de la Grande Récession n’est pas à la veille de se terminer. Après dix ans de croissance économique et de politiques monétaires accommodantes, il y a fatalement des marchés, immobiliers ou boursiers, qui sont surévalués et qui subiront des corrections, remarque François Dupuis. Si la plupart des experts s’attendent, comme à l’habitude, à ce que les banques centrales finissent par casser la croissance à force d’augmenter leurs taux d’intérêt, François Bourdon dit plutôt craindre qu’elles ne resserrent pas leurs politiques monétaires assez vite et se fassent dépasser par l’inflation.

L’économie mondiale a commencé à ralentir et se faire plus houleuse, mais n’est pas arrivée au point où une récession serait imminente, pense Stéfane Marion. Quant aux banques centrales, il est normal et même rassurant qu’elles tâtonnent et s’interrogent sur la suite des choses. « On n’a jamais connu dix ans de détente monétaire. »

Dans ce contexte, l’économie québécoise devrait plutôt bien faire l’an prochain, a indiqué François Dupuis. « On devrait avoir encore une bonne année. Le moral des entreprises et des consommateurs est très positif. Le marché du travail va bien. La situation des finances publiques est exceptionnelle avec des surplus budgétaires. On a une réserve de 8 milliards qui nous permettrait de passer au travers d’une prochaine récession. »