La Banque du Canada maintient la pression sur les ménages fortement endettés

La première sous-gouverneure à la Banque du Canada, Carolyn Wilkins
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La première sous-gouverneure à la Banque du Canada, Carolyn Wilkins

Il se pourrait que la Banque du Canada soit contrainte de choisir entre la stabilité économique et l’appui aux ménages fortement endettés.

Dans une présentation faite jeudi lors de la Conférence sur le logement de la SCHL, Carolyn Wilkins, première sous-gouverneure à la Banque du Canada, a fait l’apologie du synchronisme des politiques appliquées visant à refroidir le marché immobilier canadien. Les mesures prises ont amélioré la qualité des nouveaux prêts hypothécaires, et ralenti le marché du logement, qui affiche un rythme plus soutenable, conclut-elle.

Le 14 novembre, la banque centrale déposait sur son portail une analyse des modifications récentes des politiques sur le marché hypothécaire canadien. On y observe que le resserrement des règles hypothécaires, combiné à la hausse du loyer de l’argent, a porté ses fruits. Il est rappelé que les emprunteurs contractant un prêt représentant plus de 4,5 fois (450 %) leur revenu annuel sont particulièrement vulnérables à des conditions défavorables. Pour mesurer que dans ce segment, la proportion de nouveaux prêts hypothécaires est passée de 20 % au quatrième trimestre de 2016 à 6 % au deuxième trimestre de 2018. Sur un an, par rapport au deuxième trimestre de 2017, le nombre de nouveaux prêts à ces emprunteurs fortement endettés s’est replié de 39 %.

La plus grande part des prêts hypothécaires s’est déplacée dans la fourchette des ratios allant de 250 à 450 %, ce qui n’empêche pas de considérer comme risqué un ratio s’approchant de la borne supérieure, prend-on soin d’ajouter. Ainsi dans l’ensemble, « le taux moyen contractuel des prêts hypothécaires à taux fixe de cinq ans étant passé de 2,7 à 3,3 % au cours de la dernière année, la proportion de nouveaux emprunteurs fortement endettés […] a diminué, passant de 18 à 13 % », ajoute l’institution.

Mme Wilkins n’en demeure pas moins préoccupée par l’endettement des ménages. Nombre d’entre eux reposent sur des finances fragiles et sont vulnérables à un revers conjoncturel, à un recul de l’activité économique devant se matérialiser tôt ou tard. Mme Wilkins doute que la Banque du Canada rejoue alors la même cassette consistant à abaisser ses taux pour inciter à plus d’emprunts et alimenter ainsi une autre flambée des prix immobiliers. Il vient un moment où vous devez faire un arbitrage entre des objectifs sociaux et la stabilité financière, prévient-elle.

La banque centrale persiste à sensibiliser les ménages à leur niveau d’endettement. Au début du mois, le gouverneur Stephen Poloz les invitait à s’accommoder d’un taux cible devant atteindre un niveau neutre entre 2,5 et 3,5 %. Pour ajouter du même souffle que cette cible n’était pas coulée dans le béton. La Banque du Canada venait de commander une nouvelle hausse de son taux directeur, une cinquième en quinze mois, à 1,75 %.