Le syndicat de Postes Canada accuse Ottawa d’antisyndicalisme

Les syndiqués de Postes Canada organisent des grèves tournantes depuis un mois.
Photo: Andrew Vaughan Archives La Presse canadienne Les syndiqués de Postes Canada organisent des grèves tournantes depuis un mois.

Le dépôt d’un projet de loi spéciale pour forcer le retour au travail des employés de Postes Canada a été présenté comme une façon d’éviter que les grèves tournantes entraînent des problèmes économiques, mais a suscité auprès du syndicat une telle indignation qu’il a accusé les libéraux de « poursuivre le programme antisyndical » du gouvernement Harper.

Après avoir laissé planer la menace depuis quelques jours, Ottawa est passé aux actes jeudi matin. Le premier ministre Justin Trudeau a dit espérer toutefois que les parties « pourront résoudre leurs différends » sans que le gouvernement ait besoin d’intervenir en cheminant dans les procédures législatives.

« On comprend à quel point ce n’est pas désirable pour un gouvernement d’aller de l’avant avec une loi de retour au travail, mais on comprend aussi à quel point les entreprises et les citoyens à travers le pays sont en train de souffrir à cause du manque de services postaux », a dit M. Trudeau lors d’une rencontre avec la presse.

Sans contrat de travail depuis le début de l’année, les 50 000 membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) ont déclenché des grèves tournantes de ville en ville en octobre, l’objectif étant de mettre de la pression sur la direction de la société d’État à l’approche du temps des Fêtes. Parmi les enjeux abordés dans le cadre des négociations figurent les salaires, la charge de travail et les conditions de travail des employés en milieu rural.

Le mandat renouvelé du médiateur spécial Morton Mitchnick plus tôt cette semaine a été salué par le STTP, mais celui-ci a mal digéré que la ministre du Travail, Patty Hajdu, mentionne du même souffle la possibilité d’une loi spéciale.

Lors du bras de fer de 2011, les libéraux, dirigés de façon intérimaire par Bob Rae dans l’opposition, avaient exprimé une nette préférence pour la voie de la négociation afin de régler le conflit. Quelques années plus tard, la Cour supérieure de l’Ontario avait déterminé que la loi contrevenait à la liberté d’association.

« Le gouvernement fédéral actuel était censé être différent du précédent, et pourtant, nous revoilà sous la menace d’une loi de retour au travail », a déclaré jeudi le président national du STTP, Mike Palecek. « Justin Trudeau révèle son vrai visage en poursuivant le programme antisyndical de son prédécesseur, Stephen Harper. Il sait que nous avons toujours été disposés à négocier de bonne foi et à conclure, rapidement, des conventions collectives équitables pour nos membres. Il aurait très bien pu ordonner à Postes Canada de faire de même. »

Le STTP a ajouté que la loi « enfreint clairement les droits des travailleurs garantis par la Charte ».

Le milieu des affaires a augmenté la pression sur Ottawa au cours des derniers jours pour que le conflit se règle rapidement. Jeudi matin, le Conseil du patronat du Québec a présenté la médiation comme une priorité en précisant que, sans entente cette semaine, Ottawa « n’a pas d’autre choix et qu’il devra intervenir très rapidement en imposant une loi spéciale ».

« Les grèves durent depuis maintenant cinq semaines », a affirmé la ministre Hajdu jeudi matin, après avoir déposé le projet de loi. « Postes Canada a affirmé que des retards de livraison de colis et de courrier sont à prévoir jusqu’en 2019 en raison des grèves tournantes. […] Si ça continuait pendant les Fêtes, il en résulterait des pertes d’emplois et moins d’heures de travail pour les Canadiens qui comptent sur ces revenus supplémentaires pour joindre les deux bouts. »

« Au besoin, la mesure législative établirait un processus selon lequel les parties retourneraient au travail immédiatement tout en poursuivant les négociations avec l’aide d’un médiateur-arbitre indépendant », a-t-elle affirmé.

En principe, la mécanique législative prévoit d’abord un débat sur la motion, de même que son adoption. La prochaine étape porterait sur le fond du projet de loi spéciale, intitulée C-89.

« Les libéraux prouvent qu’ils sont pareils aux conservateurs. Postes Canada a inventé une fausse crise, et le gouvernement s’apprête à réagir avec une loi spéciale », a tonné la députée néodémocrate Karine Trudel, ancienne factrice. « Conséquence : Postes Canada attend les bras croisés et ne changera jamais sa position. »