Vos finances: Le scénario de la rareté - Et si les cours du pétrole restaient finalement élevés?

Les automobilistes devront peut-être s’habituer à payer plus cher pour faire le plein. Car derrière la mode, derrière l’effet du moment se profile une réalité qui plonge l’or noir au coeur d’un scénario de rareté toujours plus imminente.
Photo: Jacques Nadeau Les automobilistes devront peut-être s’habituer à payer plus cher pour faire le plein. Car derrière la mode, derrière l’effet du moment se profile une réalité qui plonge l’or noir au coeur d’un scénario de rareté toujours plus imminente.

Donald Coxe fait partie de cette école qui retient la thèse d'une augmentation durable des cours pétroliers, liée à des facteurs davantage structurels que conjoncturels. Empruntant aux «contrarians», le spécialiste de l'investissement chez BMO Groupe financier sourit à la vue de ces équipes d'analystes financiers où prolifèrent les spécialistes en valeurs technologiques et où les experts pétroliers brillent par leur rareté. Car derrière la mode, derrière l'effet du moment se profile une réalité qui plonge l'or noir au coeur d'un scénario de rareté toujours plus imminente.

Le président du conseil et stratège en chef de Harris Investment Management rit de cette croyance encore dominante voulant que le pétrole demeure abondant, que les réserves prouvées et probables permettront de combler les besoins pour au moins 100 ans, que la flambée actuelle des cours n'est que temporaire, liée qu'elle est tant à une conjoncture favorable à de telles pressions qu'à des tensions géopolitiques. Avec un prix du baril testant désormais la barre des 40 $US sur le marché à terme de New York, Don Coxe se moque de ces prévisions toujours retenues par Wall Street, reproduites de mois en mois pour un 28e mois consécutif maintenant, tablant sur un effondrement imminent des cours pétroliers et sur un retour du prix de référence à 26 $US le baril.

Ne pas vendre

Dans son plus récent commentaire, daté du 30 avril dernier, le spécialiste invite les investisseurs à ne pas se départir de leurs unités de fiducie de revenu pétrolière. Il voit en ces sociétés de redevances le véhicule le plus approprié pour permettre aux petits investisseurs de bénéficier de cette poussée des cours pétroliers appelée à persister au cours de la décennie, estime-t-il.

En appui à cette hausse qu'il croit durable, Don Coxe s'inspire des modèles économétriques qui, contrairement aux équations plutôt linéaires présentement retenues, font ressortir un épuisement des ressources pétrolières symétrique à l'augmentation historique de la production. Un tel modèle permet de dessiner une courbe illustrant que l'atteinte rapide d'un sommet dans la production mondiale est suivie d'un déclin tout aussi rapide, et irréversible.

Ce sommet serait derrière nous et les indications venant étayer la thèse de cette rareté de nouvelles ressources pétrolières sont de plus en plus nombreuses. La géante Shell, qui a dû admettre récemment qu'elle avait gonflé ses réserves prouvées de quelque 3,9 milliards de barils (rien de moins!) serait une caricature des difficultés que rencontrent désormais les grandes pétrolières à accroître leurs réserves et à développer de nouvelles sources d'approvisionnement.

Que dire, aussi, de la surprise créée par l'autre géante de l'industrie, British Petroleum. La haute direction de BP a pris la décision de mettre à contribution ses énormes fonds autogénérés dans l'accroissement de la valeur revenant aux actionnaires sous la forme d'une augmentation du dividende et d'un rachat d'actions, au lieu de réinvestir ces liquidités dans l'exploration et le développement de nouvelles ressources.

Aux yeux du spécialiste de la Banque de Montréal, il existe bel et bien déséquilibre structurel qui ne peut que s'accentuer avec une demande venant remplacer une offre excédentaire. «Au moment où la production a atteint son sommet et où l'offre amorce son déclin dans nombre de pays de l'OPEP, le monde a pourtant besoin de plus de pétrole en provenance de l'Arabie Saoudite, de l'Irak, du Koweït ou encore des Émirats ne serait-ce que pour répondre à la demande explosive venant de l'Asie.» Don Coxe a souligné que l'introduction récente des besoins de la Chine et de l'Inde — deux pays jusque-là exclus des calculs officiels — dans les modèles d'équilibre de l'Agence internationale de l'Énergie avait pour conséquences de faire fondre les supposées surcapacités mondiales de pétrole «tel un popsicle sous le soleil de Riyad en plein mois de juin à l'heure du midi».

Cette vue d'ensemble ne saurait être complète sans l'intégration, à l'équation servant à fixer les prix, d'une nouvelle réalité s'inspirant du terrorisme. Ces attaques ciblant depuis peu les installations pétrolières viennent désormais former le paysage de ces grandes pétrolières pourtant habituées à composer avec la corruption, les dictatures, les coups d'État, les guerres civiles et les tiraillements politiques. Si l'on tente encore de mesurer quel poids il faut accorder à cette nouvelle donne dans le calcul de la prime de risque, «il est clair que les réserves pétrolières enfouies dans les régions sécuritaires valent davantage aujourd'hui qu'il y a un mois».
1 commentaire
  • Claude L'Heureux - Abonné 10 mai 2004 23 h 32

    Bonne nouvelle!

    Cette hausse permanente des prix de l'or noir me réjoui car il est permis d'espérer que plusieurs seront portés à descendre de leur... veau d'or pour... marcher!