Une entreprise montréalaise deviendra un leader de la destruction de méthane

Biothermica a mis en branle son premier projet de destruction de méthane minier en 2009, en Alabama.
Photo: Biothermica Biothermica a mis en branle son premier projet de destruction de méthane minier en 2009, en Alabama.

L’entreprise montréalaise Biothermica construira l’an prochain aux États-Unis la plus importante usine de destruction de méthane minier en Amérique du Nord, laquelle devrait réduire de 530 000 tonnes par an les émissions de CO2 d’une importante mine de charbon métallurgique américaine.

La compagnie québécoise a annoncé lundi la signature d’un accord avec la société minière Warrior pour détruire le méthane émis par la mine de charbon métallurgique numéro 7 située à Brookwood, en Alabama. L’usine devrait être construite l’an prochain et entrer en activité à la fin de 2019 ou au début de 2020.

La réduction prévue de 530 000 tonnes d’équivalent CO2 par année équivaut aux émissions d’environ 130 000 véhicules sur nos routes, fait valoir l’entreprise.

Biothermica en est à son deuxième projet de destruction de méthane minier. Elle a déployé sa technologie Vamox pour la première fois en 2009 à la mine numéro 4, également située à Brookwood, ce qui a engendré une réduction de plus de 80 700 tonnes de CO2 en l’espace de quatre ans. « C’est la même technologie, avec évidemment beaucoup d’améliorations », explique le président et chef de la direction de la compagnie montréalaise, Guy Drouin.


860 000 $
C’est le montant de crédits compensatoires qu’a vendus Biothermica à un acheteur américain en 2015, grâce aux quelque 80 000 tonnes de CO2 évitées dans le cadre du projet de la mine numéro 4.

« Le potentiel mondial de la technologie est immense, les mines de charbon émettant dans l’atmosphère d’importantes quantités de méthane, qui a un potentiel de réchauffement climatique 25 fois plus puissant que le CO2 », souligne le vice-président de Biothermica, Dominique Kay.

Le charbon extrait de la mine numéro 7 ne sera pas brûlé pour produire de l’électricité. Il s’agit plutôt de charbon métallurgique qui entrera dans la production d’acier. Une distinction importante aux yeux de M. Drouin.

Pour fabriquer de l’acier, il faut malgré tout chauffer le charbon métallurgique à haute température, ce qui émet une quantité importante de gaz à effet de serre. N’est-il pas contradictoire de réduire les émissions de GES d’une mine dont le charbon émettra à son tour des GES une fois extrait ?

« Le charbon ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Il va être encore là pour 20 ou 30 ans. Ça va aller en diminuant, tout le monde le sait. Mais si, entre-temps, nous sommes capables de rendre les mines moins émettrices de GES, tout le monde est gagnant, dit le président de Biothermica. L’objectif est simplement de diminuer le plus possible l’empreinte carbone du secteur métallurgique. »

Alimenter le marché du carbone

Pour financer son nouveau projet, Biothermica convertira les réductions de GES en crédits qui seront vendus sur le marché du carbone Québec-Californie.

En 2015, l’entreprise a vendu 860 000 $ de crédits compensatoires à un acheteur américain grâce aux quelque 80 000 tonnes de CO2 évitées dans le cadre du projet de la mine numéro 4.

Elle espère maintenant que ce deuxième projet beaucoup plus imposant générera des crédits d’une valeur de plus de 100 millions de dollars.

Les crédits compensatoires peuvent être achetés par les entreprises soumises au marché du carbone pour se conformer à la réglementation. Les émetteurs du Québec et de la Californie peuvent utiliser jusqu’à 8 % de crédits compensatoires pour couvrir leurs émissions de GES.

« On lit souvent dans les journaux la critique voulant que le Québec va à terme être obligé d’acheter des crédits à l’extérieur [de la province], fait remarquer Guy Drouin. Nous, on va les faire chez nos voisins et l’argent vient chez nous. »

Les nouveaux crédits compensatoires de Biothermica devraient être vendus aux plus offrants au cours de la période allant de 2020 à 2030.