L’éducation loin devant les baisses d’impôt

Dans un sondage Internet réalisé auprès des membres de l’Association des économistes québécois,  72% des 147 répondants ont accordé le premier ou le deuxième rang à la qualité de l’éducation et de la formation.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Dans un sondage Internet réalisé auprès des membres de l’Association des économistes québécois,  72% des 147 répondants ont accordé le premier ou le deuxième rang à la qualité de l’éducation et de la formation.

Le nouveau gouvernement de François Legault devrait s’occuper prioritairement de l’amélioration de l’éducation au Québec et laisser faire la réduction des impôts, conclut une enquête d’opinion auprès des économistes québécois.

Invités à placer dans l’ordre d’importance sept enjeux dont devrait tenir compte le gouvernement du Québec dans la préparation de son prochain budget, 72 % des 147 répondants à un sondage Internet réalisé du 5 au 13 novembre auprès des membres de l’Association des économistes québécois (ASDEQ) ont accordé le premier ou le deuxième rang à la qualité de l’éducation et de la formation. Habituée à se trouver en haut du classement, l’amélioration de l’accessibilité aux soins de santé arrive en seconde position avec 47 %, suivie par un meilleur transport collectif (43 %).

À l’inverse, la réduction du fardeau fiscal des particuliers se retrouve au tout autre bout du spectre avec 61 % des répondants qui en ont fait leur dernier ou avant-dernier choix, la réduction de la dette faisant à peine mieux, à ce chapitre, avec 56 % de votes défavorables.

Le virage vert

Se voyant offrir la possibilité d’ajouter des priorités de leur cru, les répondants ont surtout cité la lutte contre les changements climatiques et le développement de l’économie verte, rapporte l’ASDEQ, qui dit compter plus de 600 membres provenant principalement de la fonction publique québécoise et fédérale, du secteur privé et des milieux universitaires. « Il ressort clairement de ce sondage que les économistes sont préoccupés par l’environnement », a observé dans un communiqué le président du Comité des politiques publiques de l’ASDEQ, Yves St-Maurice, lors du dévoilement des résultats de l’enquête lundi.

Il en voulait pour autre preuve les résultats à la même question, mais présentant cette fois le choix entre huit priorités pour le prochain budget du gouvernement fédéral. « Inciter les entreprises et les ménages à réduire leur empreinte écologique » y est arrivé, en effet, au deuxième rang avec 39 % de 1er ou 2e choix, soit tout juste derrière « agir plus efficacement contre l’évasion fiscale » avec 43 %.

A contrario, presque la moitié (45 %) des répondants ont placé en queue de peloton la réduction du fardeau fiscal des entreprises, comme le réclament plusieurs voix d’affaires depuis les baisses d’impôt aux États-Unis l’an dernier, ainsi que la juste compensation financière des provinces pour les coûts entraînés par la légalisation du cannabis. La réduction de l’impôt des particuliers se révèle à peine moins impopulaire (38 %).

Placés devant le choix de cinq mesures de lutte contre les changements climatiques, les économistes sondés ont réaffirmé leur foi dans la toute-puissance du signal des prix, la moitié (49 %) accordant la priorité à l’augmentation de « la tarification du carbone à un niveau qui entraîne des changements importants dans les comportements des citoyens et des entreprises ». Moitié moins (25 %) préférant qu’on mette d’abord en avant le développement du transport collectif et beaucoup moins encore faisant le choix des subventions aux énergies vertes et à l’économie d’énergie (9 %) ou à l’utilisation des véhicules électriques (7 %).

Assombrissement économique

La vigueur exceptionnelle de l’emploi et la conclusion d’une entente avec les États-Unis au terme d’une pénible renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) n’empêchent pas les économistes sondés de se montrer un peu moins optimistes qu’à pareille date l’an dernier.

Un sur cinq (19 %) dit craindre en effet que la situation de l’économie se détériore au Québec au cours de la prochaine année, contre 8 % en novembre 2017, alors qu’ils sont aujourd’hui deux fois moins à entrevoir une amélioration (11 % contre 22 %). La forte majorité (67 %) continue cependant à prévoir que la situation se maintiendra.