Concessions: les producteurs agricoles attendent toujours les détails de l’aide fédérale

Précédées par un premier groupe de manifestants poussant des chariots d’épicerie, environ 5000 personnes ont pris part à la marche organisée par l’UPA, au centre-ville de Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Précédées par un premier groupe de manifestants poussant des chariots d’épicerie, environ 5000 personnes ont pris part à la marche organisée par l’UPA, au centre-ville de Montréal.

Les agriculteurs ne connaissent toujours pas la forme précise de l’indemnité financière qu’ils recevront pour les concessions faites par Ottawa dans le cadre des derniers accords commerciaux, a affirmé dimanche le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Alors que des milliers de personnes ont convergé vers le centre-ville de Montréal pour affirmer l’importance du secteur agricole et de la consommation de produits locaux, Marcel Groleau a indiqué au Devoir que les discussions des groupes de travail « avancent », mais qu’il y aura ensuite plusieurs étapes à franchir.

La création des groupes de travail, formés de hauts fonctionnaires fédéraux et de représentants des secteurs agricoles touchés, a été annoncée officiellement par le ministre canadien de l’Agriculture il y a trois semaines.

« Est-ce que ça [l’aide] sera dans le budget au mois de mars ? On ne le sait pas. De quelle façon est-ce que ça sera disponible aux producteurs ? On ne le sait pas non plus. Il y a encore beaucoup de choses qui ne sont pas claires. On n’a pas d’échéancier », a affirmé M. Groleau.

Précédées par un premier groupe de manifestants poussant des chariots d’épicerie, environ 5000 personnes ont pris part à la marche, organisée par l’UPA. Baptisée « Garde-manger en danger », la manifestation a réuni ses membres, mais aussi des députés de divers partis (tous sont d’accord avec le maintien de la gestion de l’offre), l’industrie de la transformation, des groupes de consommateurs et le mouvement syndical.

Selon l’UPA, il est temps que les ententes cessent d’utiliser l’agriculture comme monnaie d’échange. Elle veut aussi que « les produits alimentaires importés respectent les normes qu’on exige des agriculteurs, des transformateurs et de toute l’industrie alimentaire québécoise ».

Concessions et pertes

Les derniers mois ont été marqués par la signature de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC). Celui-ci a soulevé l’indignation du secteur agricole en raison des concessions faites dans le lait, et ses 5500 fermes québécoises, mais aussi dans les oeufs et la volaille.

L’AEUMC a prévu que le Canada cède 3,59 % du marché laitier aux Américains, une brèche que l’industrie estime inacceptable dans la mesure où deux autres accords, celui avec l’Europe et le Partenariat transpacifique, ont aussi prévu des ouvertures.

Pour compenser les pertes découlant de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe, Ottawa a offert en 2016 un appui sous forme d’aide à l’investissement (250 millions) et de diversification des marchés (100 millions).

Pour la suite des choses, un désaccord semble persister entre les gouvernements du Québec et du Canada. Si Québec estime que le fédéral devrait compenser les pertes découlant des trois derniers accords, Ottawa ne veut discuter que des deux plus récents, selon ce qu’a rapporté Le Devoir le 31 octobre.

En présentant l’AEUMC, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé le 1er octobre qu’« on sait très bien que le gouvernement américain visait l’élimination de la gestion de l’offre ». « Ce qu’on a fait dans cet accord, c’est protéger la gestion de l’offre pour les générations futures parce que c’est un système qui fonctionne », a-t-il ajouté.