Les données, un sous-produit monnayable?

Fabrice Tocco, chef de la direction et cofondateur de Dawex
Photo: Marc-Antoine Jean Fabrice Tocco, chef de la direction et cofondateur de Dawex

Les données ont pris une telle place dans le développement des affaires qu’une jeune pousse française a décidé de créer une plateforme pour en faciliter la vente et l’achat entre des entreprises intéressées. Vous avez bien lu : un marché mondial des données.

Se présentant comme un « tiers de confiance », Dawex propose un service d’inscription qui permet aux sociétés de vendre les données dont elles disposent à des sociétés qui voudraient les acquérir pour mieux comprendre l’écosystème dans lequel elles évoluent.

« Tous les types de données peuvent être monétisés. On pense tout de suite aux données personnelles, mais ce n’est pas que ça. Il peut y avoir des données anonymisées, des données industrielles, de système, etc. », affirme en entrevue Fabrice Tocco, chef de la direction et cofondateur de Dawex, qu’il a mise sur pied avec son partenaire d’affaires Laurent Lafaye. (Le traitement de données de nature personnelle s’accompagne d’obligations légales, rappelle l’entreprise sur son site Internet.)

 

M. Tocco, dont l’entreprise a une présence à Montréal et à San Francisco, était de passage à Québec mardi pour faire une présentation au colloque annuel JIQ organisé par Réseau ACTION TI, un événement qui attire généralement 1600 participants. « Il y a beaucoup de conférences qui commencent à mettre cela à l’ordre du jour. Ça veut dire que ça intéresse les participants. »

Avant de fonder Dawex, les deux partenaires ont créé une société qui s’est vite spécialisée dans la collecte de données sur le pneu : prix, disponibilité des produits, avis des consommateurs, etc. « On a fait le constat qu’il y avait un métier des données qui était mal travaillé, mal outillé, c’est-à-dire la transaction de données, dit M. Tocco. On a voulu créer une place où les entreprises pourraient facilement se rencontrer en direct et organiser des échanges de données et manière sécurisée, efficace et transparente. »

Exemple d’achat

Un fonds de couverture qui tente d’anticiper le mouvement des marchés, par exemple, pourrait vouloir acquérir des données liées aux satellites, aux drones, à la consommation d’énergie des entreprises, au transport de marchandises, « pour pouvoir déterminer l’activité de certains secteurs ou le dynamisme de certaines entreprises ».

En deux ans, environ 5000 organisations se sont inscrites sur la plateforme, mais toutes ne sont pas nécessairement actives pour le moment, selon M. Tocco. L’objectif, d’ici deux à trois ans, consistera à décupler ce chiffre. Pour le moment, environ 45 % des clients sont de l’Europe, comparativement à 40 % venant de l’Amérique du Nord. Les autres se trouvent notamment en Asie.

Tous les types de données peuvent être monétisés. On pense tout de suite aux données personnelles, mais ce n’est pas que ça.

Les études sur la monétisation des données par des firmes comme Gartner et Forrester ne se comptent plus. « Les données peuvent être le « chaînon manquant » pour une entreprise qui n’a jamais eu accès à un volet de vos clients que vous seul pouvez voir », a écrit la revue Harvard Business Review en septembre 2016. « Même des données qui peuvent sembler banales au sein de votre entreprise pourraient, lorsqu’on les regarde longitudinalement au fil du temps, être de grande valeur pour une autre. »

D’ici 2023, a récemment prédit Gartner, la vente et l’achat de données liées aux objets branchés deviendra une composante « essentielle » de ces systèmes.