Ottawa n’a pas renoncé au projet de grand accord de libre-échange avec la Chine

Le premier ministre chinois, Li Keqiang (à droite), accueillait son homologue canadien, Justin Trudeau, en décembre 2017, alors que les deux leaders cherchaient à lancer, sans succès, les négociations d’un accord de libre-échange.
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Le premier ministre chinois, Li Keqiang (à droite), accueillait son homologue canadien, Justin Trudeau, en décembre 2017, alors que les deux leaders cherchaient à lancer, sans succès, les négociations d’un accord de libre-échange.

Ottawa assure ne pas avoir renoncé à une entente de libre-échange en bonne et due forme avec la Chine, même s’il met désormais plus volontiers en avant la recherche d’avancées dans certains secteurs.

« Il n’est pas question de choisir entre une approche ou l’autre », a déclaré depuis Pékin le ministre de la Diversification du commerce international, Jim Carr, lors d’une conférence de presse téléphonique lundi. « Il faut plutôt voir cela comme un continuum […], un processus qui touche une grande variété de secteurs qui n’a pas commencé hier et qui ne finira pas demain. »

« On entend les entreprises canadiennes qui demandent des résultats », a toutefois ajouté son confrère aux Finances, Bill Morneau, qui était à ses côtés. « Nous en voulons, nous aussi. »

Les deux ministres canadiens venaient tout juste de terminer deux jours de discussions avec leurs homologues chinois à l’occasion d’une première rencontre organisée dans le cadre d’un nouveau forum de « dialogue stratégique économique et financier » entre le Canada et la Chine, créé quelques mois avant la tentative avortée de lancement de négociations formelles d’un accord de libre-échange entre les deux pays.

Les échanges ont été moins tendus cette fois-ci, a assuré Bill Morneau lundi. « L’atmosphère des discussions a été chaleureuse et collégiale. Nous avons exploré les possibilités d’une entente générale, mais aussi d’avancées dans des secteurs spécifiques tels que le domaine agroalimentaire, l’énergie et le secteur financier. »

Changement de cap

Les explications des deux ministres fédéraux venaient corriger le message parvenu d’Ottawa la semaine dernière. Également du voyage en Asie, leur collègue au Conseil du Trésor, Scott Brison, avait laissé entendre au Globe and Mail que le gouvernement Trudeau avait remisé le projet d’accord général de libre-échange avec Pékin et comptait poursuivre désormais une approche « secteur par secteur ».

Cette idée avait notamment été défendue le mois dernier dans un rapport du Forum des politiques publiques. Après consultations auprès de gens d’affaires, de hauts fonctionnaires, d’experts et de groupes sociaux, et prenant acte du fossé qui sépare Ottawa et Pékin, notamment sur l’importance, dans un accord général, de protéger les travailleurs, l’environnement et les droits des autochtones, le groupe de réflexion y concluait que la poursuite d’accords sectoriels était « le meilleur moyen de réaliser des gains rapides et importants ».

En plus de permettre d’ouvrir les horizons commerciaux du Canada et de profiter de l’extraordinaire croissance économique chinoise, cette voie, faisait-on valoir, permettrait de contourner le droit de veto que semble s’être donné l’Amérique de Donald Trump dans le nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) sur toute entente que l’un ou l’autre des trois signataires du traité pourrait vouloir conclure avec un pays qui ne serait pas « une économie de marché », comme le reproche Washington à la Chine.

Bonne idée

« Une approche secteur par secteur serait une façon assez habile de tester la marge de manoeuvre qu’est prêt à nous laisser Donald Trump », remarque Éric Mottet, professeur et codirecteur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est à l’Université du Québec à Montréal. Ces différentes avancées pourraient devenir ensuite des chapitres d’un éventuel accord général de libre-échange lorsque les États-Unis seront revenus à des sentiments moins belliqueux à l’encontre de la deuxième puissance économique mondiale. « Donald Trump ne sera peut-être plus à la Maison-Blanche dans deux ans. »

Contrairement à d’autres observateurs qui doutaient, la semaine dernière, que le Canada puisse obtenir de la Chine des gains importants en dehors de négociations générales permettant un jeu de donnant-donnant entre différents secteurs, Éric Mottet croit que les deux pays auraient mutuellement intérêt à s’entendre, par exemple dans le secteur agroalimentaire. « La question de la sécurité alimentaire est un enjeu central en Chine, et le Canada a beaucoup à offrir dans le domaine. »

Ce serait le cas aussi en matière financière, alors que Pékin a besoin de capitaux étrangers pour financer son ambitieux projet de route de la soie et les banques canadiennes ne demanderaient pas mieux que d’avoir un meilleur accès aux marchés chinois.