Surtout au Québec - La création d'emplois était au rendez-vous en avril

Le bilan met en vedette le Québec, qui abritait le mois dernier 57 % des emplois créés à l’échelle nationale. Défiant la stagnation des trois premiers mois de l’année, le marché du travail québécois a inscrit un gain net de 28 400 emplois e
Photo: Jacques Nadeau Le bilan met en vedette le Québec, qui abritait le mois dernier 57 % des emplois créés à l’échelle nationale. Défiant la stagnation des trois premiers mois de l’année, le marché du travail québécois a inscrit un gain net de 28 400 emplois e

Coup d'envoi à une vigueur renouvelée? Pur rattrapage ou simple ajustement après trois mois d'atonie? Peu importe. La création d'emplois était au rendez-vous au Canada en avril, avec des gains venant essentiellement du segment à temps plein. Cet éveil est venu pour plus de la moitié du Québec, où le taux de chômage revisitait son niveau de décembre 2002.

Il s'est créé 49 600 emplois le mois dernier au pays. Ce décompte, combiné à une population active relativement stable, a permis au taux de chômage canadien de passer de 7,5 à 7,3 % entre mars et avril et de revenir à son taux le plus faible depuis septembre 2001. La récente lecture de Statistique Canada contraste avec un premier trimestre 2004 particulièrement anémique, avec un total de 19 600 emplois perdus de janvier à mars. «Grâce à la croissance relevée en avril, le nombre d'emplois a augmenté de 235 000 (+1,5 %) depuis août 2003, au moment où s'est amorcée cette nouvelle tendance à la hausse», a souligné l'agence fédérale.

Le mois dernier, les gains sont venus des emplois à temps plein, ce segment ayant enregistré une augmentation de 56 000 alors que les emplois à temps partiel ont peu varié. «Depuis le début de 2004, la croissance du travail à temps plein s'est chiffrée à 117 000 emplois (+0,9 %) alors que les pertes d'emplois à temps partiel se sont établies à 87 000 (-2,9 %). Ces chiffres confirment la tendance observée au cours des quatre derniers mois de 2003», a ajouté Statistique Canada.

Ce bilan met en vedette le Québec, qui abritait le mois dernier 57 % des emplois créés à l'échelle nationale. Défiant la stagnation des trois premiers mois de l'année, le marché du travail québécois a inscrit un gain net de 28 400 emplois en avril. La progression est venue de Montréal et, à l'instar de la donnée canadienne, du travail à temps plein, une augmentation de 44 300 dans ce segment effaçant la perte de 15 900 dans le temps partiel.

Ainsi, et malgré un nombre accru de personnes se disant à la recherche active d'un emploi, le taux de chômage a pu diminuer de 0,2 point de pourcentage et se fixer à 8,4 %, soit à son niveau le plus faible depuis décembre 2002. À titre de comparaison, l'emploi était en légère hausse, de 14 000, en Ontario. Ce gain, qui n'efface que partiellement les pertes de 25 000 emplois comptabilisées en mars, vient se conjuguer à une stationnarité de la population active pour faire passer le taux de chômage ontarien de 7,1 à 6,8 %.

Réjoui par ces statistiques, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a particulièrement salué la remise en forme montréalaise. «Cela est très positif puisque la région métropolitaine a fait les frais depuis deux ans de la stagnation de nos exportations vers les États-Unis.» Il a également fait ressortir que le nombre total d'emplois au Québec a dépassé les 3,7 millions, «ce qui représente un sommet historique. La population active a fait un bond appréciable de 22 400 en avril pour s'élever à 4 055 400 personnes. Il en va de même pour le taux d'emploi qui a crû de 60,1 % en mars à 60,5 % en avril», a-t-il ajouté.

L'économiste Joëlle Noreau, du Mouvement Desjardins, parle d'une performance québécoise surprenante «alors que le nombre de mises à pied rapportées par les médias pour le printemps 2004 ne cesse de s'accroître (Denim Swift, Alcan, Bombardier, Industries Davies, Cascades, Acier Atlas, San Francisco, Produits Bonair, CAE DSM, Sports Maska, etc.). Les chiffres publiés par Statistique Canada nous font croire que l'embauche a une nature beaucoup plus discrète», que l'embauche ne fait pas les manchettes.

«Effet de correction? Reprise réelle de l'embauche? Il est un peu trop tôt pour clamer que le marché du travail vient de donner le coup d'envoi à une série de gains ininterrompus. Toutefois, les gains enregistrés en avril soutiendront la consommation et le marché de l'habitation, en attendant que le secteur manufacturier traverse la période de turbulence actuelle», a ajouté l'économiste.

Car malgré l'embellie généralisée d'avril, l'emploi manufacturier demeurait toujours à la traîne. Si ce secteur névralgique est sorti de sa récession aux États-Unis, de ce côté-ci de la frontière, «les efforts pour accroître la productivité prennent le pas sur l'embauche afin d'augmenter notre compétitivité et contrer les effets de la hausse du dollar canadien», a résumé Mme Noreau. On dénombre 3600 nouveaux emplois manufacturiers en avril, pour un gain net de 3400 depuis le début de 2004. Au Québec, il y avait 1900 travailleurs manufacturiers de plus le mois dernier, pour un gain net de 9400 après quatre mois.