L'embellie de l'emploi se poursuit aux États-Unis

L’économie américaine a créé 288 000 emplois le mois dernier.
Photo: Agence Reuters L’économie américaine a créé 288 000 emplois le mois dernier.

Washington — Les États-Unis ont de nouveau connu une spectaculaire croissance de l'emploi en avril, avec près de 300 000 créations de postes qui mettent du baume au coeur du président George W. Bush, plombé par l'Irak à l'approche de l'élection de novembre.

L'économie a créé 288 000 emplois le mois dernier, bien au-delà des prévisions des analystes, tandis que le chômage reculait à 5,6 % de la population active contre 5,7 % en mars, a annoncé hier le département du Travail. Ces chiffres sont d'autant plus enthousiasmants que le ministère a revu en hausse ceux du mois de mars (337 000 créations d'emplois) et de février. Au total depuis août dernier, l'économie américaine a créé 1,1 million d'emplois.

«Ce rapport nous dit que nous sommes à l'aube d'une reprise économique complète. Il est pratiquement impossible d'y trouver un signe de faiblesse», a assuré John Lonski de Moody's Investors Services, pour qui «la reprise sans emploi est finie».

Le décollage des embauches a profité à tous les secteurs: des services aux professionnels, qui ont créé 123 000 postes, à la construction (18 000), en passant par l'industrie elle-même, longtemps grande sinistrée de la reprise, mais qui a embauché pour le troisième mois consécutif (21 000 créations de postes en avril). «Le barrage a fini par céder. Après avoir refusé d'embaucher pour ce qui semblait une éternité, les entreprises ont renversé la vapeur et se remettent à renforcer leurs effectifs», s'est félicité l'économiste indépendant Joel Naroff.

C'est un virage décisif alors que les États-Unis semblaient englués dans une spirale de destruction d'emplois alors même que l'économie renouait avec la croissance.

Entrée dans une phase de «normalisation», l'économie ne continuera sans doute pas à créer autant d'emplois dans les mois à venir, avertit Ethan Harris, chef économiste pour les États-Unis de Lehman Brothers. «La tendance est sans doute entre 200 à 250 000 créations chaque mois», estime-t-il, ce qui est au-delà du niveau de 150 000 jugé nécessaire par les économistes pour faire baisser durablement le chômage.

Bonne nouvelle pour Bush

Et «c'est une très bonne nouvelle pour le gouvernement Bush» à l'approche de l'élection de novembre, juge M. Harris. Le président américain a, de son côté, salué l'embellie de l'emploi en assurant que «nous avons surmonté beaucoup de choses en raison de bonnes politiques. Les réductions d'impôts que nous avons passées marchent».

La bonne nouvelle, pour le gouvernement, n'est pas seulement que tous les moteurs économiques tournent désormais à plein régime, avec une croissance solide (+4,2 % au premier trimestre), une activité record dans les services ou une confiance des consommateurs en hausse par exemple. Le signe réconfortant est que la tendance devrait se poursuivre, selon les analystes, même s'ils jugent désormais inéluctable une hausse des taux de la Réserve fédérale (Fed) à l'été, son niveau plancher de 1 % n'étant plus adapté à une croissance robuste.

«L'économie a un grand dynamisme en ce moment, les indices sont plus forts que prévu et la confiance se renforce. La croissance va peut-être ralentir l'an prochain, mais elle devrait se poursuivre jusqu'à l'élection», juge M. Harris.

L'économie devrait donc, contre toute attente il y a un an encore, devenir l'atout de poids de George W. Bush dans la course à la Maison-Blanche, alors que les mauvaises nouvelles ne cessent de s'accumuler sur le front de la guerre en Irak. Cela suffira-t-il à convaincre l'électorat? Les analystes restent prudents, soulignant que l'Irak reste une inconnue majeure dans le scrutin. Les chiffres sur l'emploi «sont positifs, ils permettent à Bush de rester en selle», souligne M. Lonski . «Mais il se peut que l'Irak pèse plus lourd que l'économie», selon lui.