La Réserve fédérale américaine maintient la pression sur les taux

Le président de la Fed, Jerome Powell
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le président de la Fed, Jerome Powell

La Réserve fédérale américaine a, sans surprise, laissé son taux directeur inchangé jeudi. Ce n’est que partie remise, la phase haussière devant reprendre dès décembre.

Au terme de sa réunion de deux jours du Comité monétaire, la Fed a maintenu jeudi son taux sur les prêts au jour le jour dans la fourchette 2-2,25 %. La banque centrale s’est toutefois empressée d‘ajouter que d’autres hausses seront nécessaires afin d’éviter un dérapage inflationniste et d’appuyer « une expansion économique durable ». Une augmentation de 25 points de base, une quatrième cette année, apparaît au menu de la réunion de décembre. Pour 2019, le scénario dominant demeure une augmentation de 25 points de base pour chacun des trois premiers trimestres.

Il y a un mois, les investisseurs s’inquiétaient d’une austérité accrue de la politique de la Réserve fédérale sous la forme d’une accélération de la remontée du taux cible. Le président de l’institution, Jerome Powell, laissait alors entendre que la banque centrale allait encore durcir sa politique monétaire pour éviter toute surchauffe d’une économie américaine surstimulée. Jeudi, ils ont plutôt retenu le passage du communiqué retenant que l’investissement des entreprises avait « ralenti par rapport à son rythme rapide du début de l’année » pour revenir à des anticipations d’une hausse progressive.

Autrement, le Comité monétaire, dans son communiqué, n’a pas causé de surprise, reprenant pratiquement les mots utilisés en septembre pour qualifier une activité économique « forte », des gains d’emplois « solides » et des dépenses des ménages « en robuste augmentation ». Il mentionne la baisse du taux de chômage. La Fed continue d’apprécier les risques que court l’expansion économique comme « équilibrés » et surveille « les développements financiers et internationaux ».

« Autant la croissance de l’économie, la performance du marché du travail et l’évolution de l’inflation militent pour la poursuite du rythme trimestriel des hausses des taux directeurs. Toutefois, à mesure que la politique monétaire s’approchera d’un niveau restrictif, on pourra s’attendre à ce que la Fed mentionne un peu plus certains signes de fragilité », retient Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins.

Au début du mois, le département du Travail soulignait que l’économie américaine, qui carbure au rythme annuel d’une croissance du PIB de 3,5 % au troisième trimestre, après 4,2 % au deuxième, avait créé 250 000 emplois en octobre. Le taux de chômage demeurait cependant à 3,7 %, à son bas des 50 dernières années. Surtout, les salaires enregistraient une augmentation de 0,2 % par rapport à septembre. Sur un an, la progression des salaires s’est accélérée à 3,1 %, soit un rythme bien supérieur à celui de l’inflation. Il s’agit en outre du rythme le plus rapide depuis avril 2009, soulignait le département du Travail. Pour l’heure, l’inflation demeure autour de la cible des 2 % aux États-Unis, mais les risques de surchauffe ne sont pas écartés.

Tous les économistes prévoient cependant que la croissance américaine, qui devrait atteindre, voire dépasser les 3 % cette année, va ralentir l’année prochaine une fois que le stimulus des réductions d’impôt va s’estomper. La Fed prévoit 2,5 % d’expansion en 2019. Seul le gouvernement Trump reste plus optimiste, son ministre des Finances, Steven Mnuchin, ayant encore assuré fin septembre que l’expansion se poursuivrait sur un rythme « supérieur à 3 % ».

Avec l'Agence France-Presse