La CAQ et la réalité postélectorale

Le gouvernement caquiste parie sur une activité économique plutôt musclée.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement caquiste parie sur une activité économique plutôt musclée.

François Legault met en doute les excédents calculés par le ministère des Finances et endossés par le ministre des Finances ; Pierre Fitzgibbon félicite l’action du gouvernement libéral dans le sauvetage de la CSeries par Airbus ; les propos du même ministre de l’Économie laisseraient aussi entendre que l’« effet CAQ » pourrait ne pas se matérialiser dans un contexte de ralentissement économique pressenti après ce long cycle haussier… Le gouvernement caquiste s’ajuste à la réalité économique.

En politique, la tradition veut qu’un nouveau gouvernement arrivant au pouvoir évoque la découverte d’un « trou » dans les finances publiques laissé par son prédécesseur pour recalibrer ses promesses électorales. Devant l’évidence de l’existence d’une marge de manoeuvre budgétaire confortable, le premier ministre François Legault a employé une formule atypique en contestant plutôt les calculs du ministère des Finances.

Ces chiffres avaient pourtant été rendus publics vendredi par le ministre des Finances. Éric Girard donnait alors dans la nuance deux fois plutôt qu’une et multipliait les mises en garde face à l’excédent de 3 milliards sur cinq mois alors annoncé. « Il ne faut surtout pas conclure que les revenus vont soutenir le même rythme sur un horizon de 12 mois qu’ils ont connu sur les cinq premiers mois », affirmait-il. Puis il ajoutait : « Pour les cinq premiers mois de l’année, l’économie a été plus forte, et dans la hausse de 6,6 % [des revenus], il y a certains éléments non récurrents. »

On peut, aussi, se demander s’il faut, dans l’exercice de révision, impliquer les travaux de la vérificatrice générale. Dans son rapport préélectoral publié le 21 août, Guylaine Leclerc donnait la note de passage et qualifiait de « plausibles » les prévisions de dépenses et de revenus du ministre des Finances Carlos Leitão. « Il en va de même du surplus comptable et du solde budgétaire », disait-elle. Dans le texte du Devoir, on pouvait aussi lire : « “Tout le monde part avec la même base, le même cadre”, a indiqué le caquiste François Bonnardel. Si la Coalition avenir Québec se voit confier le pouvoir, “on ne jouera pas dans le film ‘On a trouvé un trou de 1 milliard ou de 3 milliards’”. »

En point de presse mercredi, le critique libéral parlementaire au Conseil du trésor et aux Transports, Gaétan Barrette, a tout simplement accusé le premier ministre d’inventer « des histoires comptables pour diminuer les attentes et expliquer à la population : bien, on ne pourra pas faire ce qu’on a dit qu’on allait faire ». Pour sa part, Carlos Leitão a parlé de « déclaration improvisée ». Ce rapport mensuel est produit par le ministère, il est entièrement technique, « il n’y a pas d’ingérence politique » et les méthodes comptables sont incontestables, a-t-il souligné. Il y voit une « manoeuvre purement politique » pour diminuer les attentes de plusieurs groupes qui demandent du financement, peut-on lire dans le texte de La Presse canadienne.

S’il a trébuché sur cet enjeu de finances publiques, le premier ministre s’est également vu servir un croc-en-jambe, à l’évidence non intentionnel, de la part du ministre de l’Économie. Critique virulent de l’intervention du gouvernement Couillard dans le dossier C Series, François Legault demandait, pas plus tard qu’en octobre 2017, à la vérificatrice générale d’évaluer la valeur marchande du placement. « M. Couillard a misé 1,3 milliard de notre argent sur cette Série C et, malheureusement, il a perdu. Si j’étais à la place de M. Couillard, je serais déçu en tabarnouche », avait-il déclaré.

Mercredi, Pierre Fitzgibbon a dit de cette transaction qu’elle avait été une « très bonne chose ». Après une rencontre récente avec le président d’Airbus, il est convaincu que Québec va récupérer ses billes et qu’il fallait sauver Bombardier, que l’intervention de l’État était requise.

Quant à la conjoncture économique, il a souligné que l’économie du Québec se portait bien mais qu’il fallait anticiper un ralentissement, phénomène naturel après une longue phase haussière. Ce qui n’est pas sans nous ramener au cadre financier de la CAQ. En résumé, le gouvernement caquiste parie sur une activité économique plutôt musclée, avec ce long cycle haussier se poursuivant dans la durée tonifié par l’« effet CAQ », combinée à une compression notoire des dépenses de l’État.

Demain est un autre jour.