Finances publiques: des tendances budgétaires insoutenables à long terme

La proportion des 20 à 64 ans passera de 63% en 2011 à 51% en 2061. Le phénomène fera exploser les dépenses en santé et plombera la croissance économique et par conséquent les revenus de l’État.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La proportion des 20 à 64 ans passera de 63% en 2011 à 51% en 2061. Le phénomène fera exploser les dépenses en santé et plombera la croissance économique et par conséquent les revenus de l’État.

Le gouvernement du Québec ne doit pas se laisser tromper par les surplus budgétaires attendus les prochaines années, prévient une étude. Le vieillissement de la population rend insoutenable à long terme l’actuelle trajectoire des finances publiques.

Les finances du gouvernement québécois profitent en ce moment d’une période de répit qui ne durera pas, conclut une étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dévoilée mercredi. Promis à un surplus budgétaire annuel de presque 1 milliard en 2022 dans le rapport sur les finances publiques présenté par le ministère des Finances à la veille des élections québécoises, le gouvernement basculera en 2028 dans les déficits, qui iront en grandissant, jusqu’à dépasser 43 milliards trente ans plus tard. S’ils devaient être simplement versés à la dette, ces déficits récurrents gonfleraient la dette de l’équivalent de plus de 43 % du produit intérieur brut (PIB) en 2023 à près de 101 % en 2058. Dit autrement, il faudrait au gouvernement du Québec dès 2022 une cagnotte de 117 milliards et les intérêts qu’elle générerait pour être en mesure d’éponger les pertes chaque année.

La cause de cette dégradation est bien connue. Il s’agit du vieillissement de la population, qui devrait faire fondre la proportion des 20 à 64 ans de 63 % en 2011 à 51 %, en 2061. Le phénomène ne fera pas seulement exploser les dépenses en santé — à raison d’une croissance moyenne de 4,7 % par année de 2022 à 2058 —, mais il plombera aussi la croissance économique et par conséquent les revenus de l’État (+3,3 % par année), le poids de ces dépenses grimpant de l’équivalent de 40 % des revenus en 2022 à 63 % en 2058.

Il ne s’agit pas d’être apocalyptique. Il est certain que les choses ne se passeront pas comme on le dit. Devant les déficits croissants, les décideurs politiques vont décider et vont apporter des corrections.

Ces conclusions se démarquent radicalement de celles auxquelles parvenait, à la fin du mois de septembre, une étude du Directeur parlementaire du budget à Ottawa dans laquelle Yves Giroux estimait que le Québec était la seule province à afficher une politique budgétaire viable à long terme au Canada, au point où il pourrait se permettre d’augmenter ses dépenses ou de réduire ses impôts de l’équivalent de 1,6 % de son PIB.

Les chercheurs de la Chaire en fiscalité attribuent notamment cet écart à des différences méthodologiques et font valoir que leur approche, spécialement développée pour coller à la réalité québécoise, est la plus fiable. Ils estiment même relativement optimistes leurs hypothèses de départ, qui parient par exemple sur des gains de productivité (1 % par an) supérieurs à la moyenne des vingt dernières années (0,92 %) et presque deux fois plus grands que la moyenne depuis dix ans (0,54 %) ou encore sur des taux d’emploi comparables aux champions dans le domaine parmi les pays développés. Une version plus pessimiste de leurs hypothèses fait grossir la projection du déficit budgétaire de 43 milliards à 81 milliards par an en 2058, alors qu’une version plus optimiste la réduit à 11 milliards.

Vision à long terme

« Il ne s’agit pas d’être apocalyptique, se défend Luc Godbout, chercheur principal à la Chaire et coauteur de l’étude avec Yves St-Maurice, Matthieu Arseneau et Suzie St-Cerny. Il est certain que les choses ne se passeront pas comme on le dit. Devant les déficits croissants, les décideurs politiques vont décider et vont apporter des corrections. »

Non, le danger pour le gouvernement, dit-il, serait d’agir « en myope » et de faire comme si de rien n’était pendant les prochaines années jusqu’à ce qu’il soit directement aux prises avec le problème des déficits et se sente alors obligé, par exemple, de décréter brusquement des compressions de dépenses. « Un peu comme on a fait la dernière fois. »

Ces enjeux, disent-ils, soulèvent le problème de l’équité intergénérationnelle, c’est-à-dire la promesse que l’on est prêts à faire aux générations futures qu’elles auront droit aux mêmes services en échange du même fardeau fiscal sans voir s’enfoncer leur gouvernement dans les dettes.