Les entreprises canadiennes ne profitent pas de l’AECG

Entre octobre 2017 et septembre 2018, les exportations canadiennes vers l’Union européenne ont progressé de 3,8% par rapport à la période correspondante de 2016-2017.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Entre octobre 2017 et septembre 2018, les exportations canadiennes vers l’Union européenne ont progressé de 3,8% par rapport à la période correspondante de 2016-2017.

Les entreprises canadiennes tirent peu profit de l’Accord économique et commercial global (AECG). Les européennes sortent pour l’instant gagnantes de cet accord conclu il y a plus d’un an, selon une récente lecture, qui demeure brouillée par le jeu des tensions commerciales amorcé par Washington.

Cette lecture vient d’un survol de la Banque Nationale publié mardi. L’économiste Krishen Rangasamy revient à cet accord canado-européen, dont le texte est entré en vigueur le 21 septembre 2017 et qui est venu retirer temporairement 98 % des tarifs entre les deux partenaires. Son regard porte sur la période allant d’octobre 2017 à septembre 2018 et conclut à une détérioration du solde commercial avec l’Europe.

Dans l’intervalle, les exportations canadiennes vers l’Union européenne ont progressé de 3,8 % par rapport à la période correspondante de 2016-2017. C’est peu, voire décevant, souligne l’économiste, qui compare avec l’augmentation de plus de 5 % des exportations canadiennes vers des partenaires autres au cours de ce laps de temps. Pour l’autre variable de l’équation, les exportations européennes vers le Canada ont bondi de près de 13 % depuis l’entrée en vigueur de l’AECG, soit plus du double de l’augmentation des importations canadiennes venant des autres partenaires commerciaux. « Et ce n’est pas une question de différentiel de croissance économique, la progression du PIB réel du Canada et de l’UE affichant somme toute le même rythme durant la période. »

Déjà en septembre, en évoquant le premier anniversaire, Ottawa soulignait que sur la période d’octobre 2017 à juillet 2018, les exportations canadiennes vers l’Europe avaient progressé de 3,3 % par rapport à la même période l’année précédente. Dans le même temps, les importations au Canada de produits européens ont augmenté de 12,9 %. La Commission européenne parlait, elle, d’une hausse de « plus de 7 % ».

Des chiffres qu’il faut toutefois replacer dans le contexte d’un ALENA 2.0 alors en gestation difficile et d’échanges internationaux largement ébranlés et influencés par la politique du président américain, Donald Trump, empruntant la voie des sanctions et des tarifs douaniers. Krishen Rangasamy s’ouvre à l’idée que cet accroissement asymétrique des échanges de biens entre le Canada et l’Europe ne puisse être que temporaire et ramené à une question d’ajustements. Ce qui ne l’empêche pas de craindre un écart plus structurel lié à des enjeux de concurrence.

Lors d’un passage à Montréal fin septembre, le ministre canadien de la Diversification du commerce international, Jim Carr, jouait la carte du temps. Il aurait aimé « que les choses avancent plus vite », mais, insistait-il, « ce n’est que le début. Nous avons jeté des ponts, nos industries vont apprendre à les emprunter ». Présent lors du même événement, le négociateur en chef pour le Québec à l’AECG, Pierre Marc Johnson, abondait dans le même sens. Il ajoutait cependant que « les Européens étaient prêts » et que cette vitesse de réaction exprimait un besoin des entreprises de sortir d’un marché européen saturé.

L’application provisoire de l’AECG ne sera définitive qu’une fois le texte approuvé par l’ensemble des parlements nationaux et régionaux. À l’heure actuelle, l’entente a été ratifiée par onze pays, soit un peu plus du quart des signatures requises.