Il faut voir l’après-2041, dit Legault sur Churchill Falls

Le premier ministre François Legault affirme qu’Hydro-Québec doit s’assurer d’utiliser ses surplus avant de «penser à ajouter de la capacité».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le premier ministre François Legault affirme qu’Hydro-Québec doit s’assurer d’utiliser ses surplus avant de «penser à ajouter de la capacité».

Il faut se pencher très rapidement sur les façons de composer avec la fin du contrat qui permet présentement à Hydro-Québec de ne payer qu’une bouchée de pain pour l’électricité produite par le complexe terre-neuvien Churchill Falls, affirme le premier ministre François Legault.

M. Legault et son homologue Dwight Ball se sont récemment entretenus au sujet de ce contrat qui lie Hydro-Québec aux autorités énergétiques de Terre-Neuve depuis les années 1960, le chef de la Coalition avenir Québec disant privilégier la coopération.

« Ce contrat, qui est très avantageux pour le Québec, se termine en 2041. Quand on regarde le temps que ça prend pour construire un nouveau barrage, il va falloir, dans les prochaines années, qu’on se pose la question : “Qu’est-ce qui arrive à partir de 2041 ?” » a dit M. Legault en conférence de presse mardi.

« Ce que je souhaite, c’est qu’on travaille ensemble pour l’avenir. Là, c’est clair qu’on a un contrat qui dure jusqu’en 2041 et qui doit être respecté. Mais M. Ball a dit que oui, il a le goût de travailler ensemble pour l’avenir », a relaté le premier ministre.

Cela dit, Hydro-Québec a « des surplus pour les 20 prochaines années, alors avant de penser à ajouter de la capacité, il faut d’abord s’assurer que ces surplus sont utilisés, a dit M. Legault. Par contre, je suis persuadé qu’on va être capable de les utiliser et de s’entendre avec des États du Nord-Est américain et d’autres provinces ».

Au moment de présenter sa politique énergétique en 2016, le gouvernement Couillard avait prévenu qu’avant de lancer un nouvel appel d’offres pour acheter de l’énergie éolienne, par exemple, il faudrait que l’excédent d’énergie d’Hydro-Québec passe de 4 % à 2,5 %.

Là, c’est clair qu’on a un contrat qui dure jusqu’en 2041 et qui doit être respecté. Mais M. Ball a dit que oui, il a le goût de travailler ensemble pour l’avenir.

Hydro-Québec a multiplié les efforts au cours des dernières années pour augmenter ses exportations vers le nord-est des États-Unis, où certains gouvernements sont de plus en plus friands d’énergie renouvelable. Le projet Northern Pass fait partie de ces possibilités.

Selon une mise à jour du bilan énergétique qu’Hydro-Québec a déposé à la Régie de l’énergie, les surplus suivent une tendance baissière. Pour 2019, le surplus prévu pourrait représenter 5,2 % des besoins (9,8 TWH sur des besoins de 186,2 TWh). Après une baisse en 2020, le surplus pourrait toucher 2,37 % en 2021. La diminution des surplus, par rapport à ce qui était prévu auparavant, s’explique notamment par la consommation liée au secteur cryptographique, a indiqué la société d’État dans ses documents.

La question des surplus est revenue à l’avant-plan récemment avant le dossier du projet éolien Apuiat, auquel participent les communautés innues et l’entreprise Boralex. Le p.-d.g. d’Hydro, Éric Martel, a écrit aux chefs innus cet été pour exprimer des préoccupations financières, liées entre autres au fait que la société d’État tente d’écouler ses excédents d’énergie.

La diminution de la prévision de surplus entre 2017 et 2018 « est assez frappante », a dit le directeur régional de l’Association canadienne de l’énergie éolienne (CanWEA) au Québec, Jean-Frédérick Legendre. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes. »

Nouvelle présidence du conseil

M. Legault a affirmé qu’Hydro-Québec aura « bientôt » une nouvelle personne à la présidence de son conseil d’administration après la démission de Michael Penner.

Selon des sources s’étant confiées à TVA et à La Presse, la présidence serait offerte à Jacynthe Côté, qui a dirigé jusqu’en 2014 la division aluminium du géant mondial Rio Tinto. Elle siège notamment au conseil d’administration de Suncor et au conseil de la Banque Royale, où elle côtoie un ex-p.-d.g. d’Hydro, Thierry Vandal.

« Hydro-Québec, c’est un peu l’État dans l’État, c’est une grande société d’État qui mérite d’avoir des administrateurs qui ont de l’expérience dans les grandes administrations, qui connaissent les règles de gouvernance d’une grande organisation », a dit M. Legault.

Un plan pour les sièges sociaux

Par ailleurs, le gouvernement Legault va dévoiler au cours des prochains mois un plan d’action portant sur la protection des sièges sociaux.

« Investissement Québec et le ministère de l’Économie vont avoir un rôle de leader à jouer. C’est possible pour la Caisse de dépôt et placement de jouer aussi un rôle, mais il ne faut pas oublier qu’elle a un double mandat. Elle doit aussi s’assurer de générer un rendement intéressant pour les déposants, qui sont les Québécois », a dit M. Legault.

« J’ai trouvé malheureux que notre bloc de contrôle dans [l’actionnariat de Rona], acheté à l’époque de Raymond Bachand par Investissement Québec, ait été liquidé. C’est encore nébuleux. Qui a donné l’autorisation de liquider le bloc ? Je pense que c’était beaucoup plus le travail d’Investissement Québec que le travail de la Caisse de dépôt. »